Face au Covid, la Belgique procrastine

Que doivent faire les touristes belges ou étrangers qui viennent de zones ou des nouveaux foyers de coronavirus ont été détectés ? La question se pose. Et c’est bien le problème, c’est qu’on se pose encore la question.

Aujourd’hui si vous revenez d’une zone à risque. Rien ne se passe. Maggie de Block, la ministre de la santé vous conseille de vous faire tester et de limiter les contacts sociaux. Et si vous ne voulez pas ? Eh bien il ne se passe rien. Puisque rien n’est prévu.

Rien n’est prévu. Le virologue Marc Van Ranst, qui s’est activé tout le week-end sur les réseaux sociaux estime, qu’il n’aurait pas fallu ouvrir les frontières. Trop tard, mais alors dit-il, il faut imposer une quarantaine à ces voyageurs, mais il n’y a aucune base légale pour le faire. Conclusion du plus célèbre virologue flamand : nous reproduisons les mêmes erreurs qu’en février au moment du retour des vacances de ski.

Souvenirs du Ski

A l’époque, nous avions été totalement dépassés. Les chances qu’on revive un vague aussi forte sont pourtant très faibles disent les spécialistes même les plus pessimistes, car nous avons des masques, des tests, de consignes de distance sociale, des gestes barrières, nous avons une population mieux éduquée aux problèmes sanitaires.

Par contre, nous nous mettons une nouvelle fois dans la situation de réagir dans l’urgence. Nous sommes comme incapable de prévoir, de planifier. Il y a un mot pour ça : la procrastination. Cette tendance à tout remettre systématiquement au lendemain. La Belgique est un “retardataire chronique”. En psychologie, le procrastineur, remet tout au lendemain car il n’agit que dans la satisfaction immédiate. Il vit dans l’immédiateté, dans une sorte de présent permanent.

Apprendre de ses erreurs

Nous n’apprenons pas de nos erreurs. Sur ce point, l’accusation de Marc Van Ranst tient du constat. Dans notre présent permanent, nous apprenons très mal. Il était évident que cet été, de nouveaux foyers de contaminations allaient surgir, chez nous ou ailleurs en Europe. Évident aussi qu’avec l’ouverture des frontières, des voyageurs allaient venir de zone à risques, que ce soit des Belges de retour, ou des étrangers en voyage.

Et pourtant, et pourtant en bons procrastineurs nous sommes un peu surpris. La procédure n’est pas claire. Pas de test obligatoire, pas de quarantaine prévue. Comme si nos 10.000 morts, nos 100.000 chômeurs, nos 50 milliards de richesses envolées étaient déjà oubliés. Parce que c’est ça aussi un procrastineur. Il vit dans un présent permanent, incapable de se projeter dans l’avenir, incapable d’apprendre du passé. Il compte toujours sur la chance.

Epée de Damoclès

L’économiste flamand Geert Noels disait que la première mesure de relance économique à prendre, la plus importante, était d’éviter une deuxième vague, avec un système de test, de suivi de contact, de veille médicale, bref une bonne organisation de santé publique. Nous en sommes tout à fait capables. Des outils performants ont été mis en place. Dans l’urgence nous avons développé une capacité de test très importante, nous avons un système de suivi de contact surdimensionné.

Mais ça, c’est l’urgence. Prévoir ce qu’il faudra faire demain et après-demain, nous reste très difficile.

En bons procrastineurs, nous ne sommes pas mauvais tacticiens. Nous réagissons vite, parfois même sans comprendre comment et pourquoi. Le confinement est un bon exemple de tactique. Mais nous sommes des piètres stratèges. Parce que pour ça il faut définir un objectif global et à long terme. Bref, il faut un plan. Et ça, nous en sommes résolument incapables.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK