La Belgique proche du "No Deal"?

La Belgique proche du no-deal ?
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Ce qui se passe au Royaume-Uni résonne beaucoup chez nous depuis le 26 mai. Au lendemain de l’élection, on avait dit ici dans Les Coulisses des pouvoirs que la Belgique vivait son petit Brexit. Pas au sens de la séparation avec l’Union bien sûr, mais en ce que la Belgique faisait alors l'expérience d’une profonde division de son électorat. Elle faisait surtout l’expérience de la sidération des partis politiques. C’est à dire d’un vote qui pour la classe politique était et reste quasiment inassumable, ingérable, ou toutes les formules de coalition sont contre nature. 

Plus de 100 jours après l’élection, 260 après la chute du gouvernement Michel, la trajectoire de la Belgique et du Royaume-Uni se recoupent sur certains points. En l'occurrence, on se recoupe sur deux éléments, deux éléments repoussoirs : l’éventualité d’un retour au urnes et l'hypothèse d’un no deal.

Le retour aux urnes

Un retour aux urnes, on en parle au Royaume-Uni, on en parle aussi chez nous. Au Royaume-Uni, Boris Johnson peut espérer l’emporter au sein du parti conservateur, en rassemblant les voix des Brexiters. Mais pour obtenir des élections, il faut encore une majorité pour décider de dissoudre le Parlement. Or, pour beaucoup de députés, le risque de perdre leur siège apparaît trop grand. Des alliances de circonstances se nouent. Cela vient aussi de se passer en Italie. La peur de perdre les élections a coalisé les ennemis d'hier, ceux qui craignent d’être battus. 

La même dynamique joue chez nous. L’élection est une mauvaise solution parmi les autres mauvaise solutions. Pour l’instant, c’est toujours considéré comme la plus mauvaise pour les principaux partis. Trouver une majorité pour retourner aux urnes est, au moment ou l’on parle, encore plus compliqué que de trouver une majorité pour former un gouvernement. Les élections jouent un rôle de repoussoir. Et ça ne va pas changer dans les prochaines semaines. Mais avec les mois, il n’est pas impossible qu’un jour cette perception change. 

Le No Deal

C’est le deuxième repoussoir. On ne parle pas d’une séparation brutale avec l’Union, mais de la fin de l’union à la belge. Ce constat rabâché : il n’est plus possible de s’entendre, d’encore trouver des solutions ensemble. Un constat qui provient de l’idée qu’il est plus simple que chacun décide chez soi. 42 députés sur 89, la moitié des parlementaires flamands sont issus d’un parti, NVa ou Vlaams Belang, qui sont prêts au no deal. Au sein du CD&V il y a aussi quelques députés qui sont proches de penser la même chose. 

Le no deal, c’est le repoussoir absolu, le fantasme complet de la politique Belge. À chaque crise, il revient nous hanter. Et a chaque crise, il joue son rôle. C’est parce qu’on sait que le no deal qui conduira à un divorce et au chaos, qu’on parvient toujours à trouver un deal. C’est parce qu’il y a un précipice que le train finit par s’arrêter. Plus on se rapproche du précipice, comme en 2010-2011, plus cela nous conduit à des coalitions inimaginables, à des premiers ministres francophones, et surtout, à des réforme de l’Etat. 

La panique de voir arriver le précipice nous conduit à des solutions tellement bancales qu’à l’élection suivante le train repart. On n'est pas sorti de la politique de la panique depuis 2005 et le début de la crise autour de BHV. On est donc reparti vers le no deal, le précipice.

Rassurez-vous l’histoire nous montre qu’on s’arrête toujours à temps. Enfin jusqu’à aujourd’hui...

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