La Belgique fédérale, ce malentendu

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le président du CD&V, Joachim Coens suggérait qu’en cas de blocage persistant au niveau fédéral, on fasse " monter " les gouvernements flamand et wallon rue de la Loi pour gérer le pays.

Pourquoi pas ? Le fédéralisme belge suppose qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre les niveaux de pouvoir et Ce Pays est devenu bien plus l’addition de ses composantes qu’un tout homogène.

Cependant, au nord et au sud du pays, on ne parle pas le plus souvent de la même chose : la Flandre se voit d’abord comme une communauté culturelle et linguistique là où Wallons et Bruxellois (que Joachim Coens ignore) se limitent davantage à un territoire. De même pour les Germanophones, le plus souvent très éloignés des soucis fédéraux.

Erreur de conception

Le Fédéralisme belge s’est construit par à-coups, bien plus pour répondre aux problèmes de l’heure, jamais pour rendre le système plus efficace.

Jamais il n’y a eu de vision à long terme, d’objectifs à atteindre.

La dernière réforme de l’Etat devait scinder BHV (un symbole plus qu’un problème) et faire reculer la N-VA… qui a remporté haut la main le scrutin qui a suivi.

On reprendra ici les caractéristiques déjà évoquées

Le fédéralisme belge est unique au monde et il a de particulier qu’il se caractérise par un phénomène de " déconstruction ".

La Belgique fédérale actuelle souffre de trois défauts de conception originels, qui fait que le système devient de plus en plus difficile à faire fonctionner :

  • Le modèle s’est développé sans que l’on ne choisisse entre un fédéralisme centré sur les communautés (l’option flamande) et un fédéralisme basé sur les régions (option wallonne et ensuite également bruxelloise) ; tant qu’il y avait peu de compétences à répartir, cela n’était pas trop grave, c’est à présent un handicap majeur. La sortie de Joachim Coens illustre bien la vision flamande de notre fédéralisme.
  • Il n’y a pas de "hiérarchie des normes", en clair : il n’y a pas de chef/parlement/gouvernement qui tranche in fine. Aucun gouvernement ne peut dicter sa conduite à un autre. Tout est censé se prendre "en concertation" mais rien n’est prévu en cas d’échec de cette concertation. Additionner des gouvernements régionaux/communautaires ne réglera pas ce problème.
  • La Belgique est devenue la seule démocratie fédérale où il n’y a plus de partis nationaux (PTB-PVDA excepté), à la différence notamment de la Suisse ou du Canada. Chacun n’est donc responsable que vis-à-vis de "sa" partie de population. Et même au PTB, en discutant avec l’extrême-droite, l’aile flamande s’autorise ce que condamne son pendant francophone.

A cela, il faut ajouter qu’aucune matière/compétence n’est du ressort d’un seul parlement/gouvernement. Même en matière d’Affaires étrangères, de Justice, de Sécurité, régions et communautés ont leur part. A la Défense nationale, les unités sont globalement d’un seul régime linguistique et on ne touchera pas à une base en Flandre que si on n’agit de même en Wallonie (et inversement).

Au cœur du problème

Vous ajoutez à cela ; un émiettement rare de la représentation, une situation budgétaire catastrophique et vous obtenez les raisons du blocage actuel.

Chacun estime avoir bien plus à perdre à renoncer à ses engagements qu’à dégager un consensus. Celui-ci est devenu impossible, du fait même de notre système institutionnel. Le suffrage universel et le mode électoral à la proportionnelle engendrent un nécessaire consensus pour former un gouvernement " national ". Facile quand il y a trois partis, beaucoup plus compliqué aujourd’hui avec 13 formations représentées à la Chambre, avec des extrêmes très nourris. Là aussi, le système belge n’a pas été conçu pour cela. Celui-ci a été pensé pour fonctionner au consensus et rien n’est prévu en cas d’absence de celui-ci.

La crise actuelle est celle de notre fédéralisme.

 

@PhWalkowiak

 

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