La Belgique en panne, c'est l'Europe qui le dit

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique fonctionne mal … et c’est une nouvelle fois la Commission Européenne qui le lui dit.

La Commission recommande à la Belgique d’investir bien plus dans son enseignement et dans ses infrastructures pour accroître son potentiel économique.

Mais il se fait que toutes ces compétences sont chez nous éclatées : l’enseignement dépend des communautés et les travaux publics des régions. Le reste est à l’avenant.

D’ailleurs, la Commission ne se prive de le faire remarquer : notre appareil institutionnel est inefficace ! Les réformes de l’état successives ont complétement sclérosé le pays et chaque gouvernement n’a désormais comme seul horizon que le terme de sa législature.

Rédhibitoire

Le fédéralisme belge est unique au monde et il a de particulier qu’il se caractérise par un phénomène de " déconstruction ". Là, où en général des pays ou des régions s’associent pour "faire mieux ensemble", chez nous, les partenaires se dissocient, espérant "faire mieux seul dans son coin".

La Belgique fédérale actuelle souffre de trois défauts de conception originels, qui fait que le système devient de plus en plus difficile à faire fonctionner :

  • Le modèle s’est développé sans que l’on ne choisisse entre un fédéralisme centré sur les communautés (l’option flamande) et un fédéralisme basé sur les régions (option wallonne et ensuite également bruxelloise) ; tant qu’il y avait peu de compétences à répartir, cela n’était pas trop grave, c’est à présent un handicap majeur.
  • Il n’y pas de "hiérarchie des normes", en clair : il n’y pas de chef/parlement/gouvernement qui tranchent in fine. Aucun gouvernement ne peut dicter sa conduite à un autre. Tout est censé se prendre "en concertation" mais rien n’est prévu en cas d’échec de cette concertation.
  • La Belgique est devenue la seule démocratie fédérale où il n’y a plus de partis nationaux, à la différence notamment de la Suisse ou du Canada. Chacun n’est donc responsable que vis-à-vis de "sa" partie de population.

La Commission constate cette inertie et cette inefficacité. Tout va trop lentement chez nous, les dépenses courantes sont trop élevées et les investissements insuffisants.

Fédéralisme impayable

En fait, notre fédéralisme de détricotage est tout simplement hors de prix et inefficace. La structure est devenue un monstre incompréhensible … et ingérable. Les réformes deviennent impossibles. L’Europe pointe notamment notre système trop généreux de voiture de société ou encore un marché du travail trop peu ouvert à la main-d’œuvre d’origine étrangère. Des constats qui se répètent d’année en année sur lesquels les gouvernements successifs n’ont pu apporter un début de solution.

La campagne électorale en cours devrait constituer une prise de conscience collective de ces travers et des remèdes à y apporter. Les intérêts particuliers ou les politiques à courte vue risquent pourtant bien de demeurer le seul horizon politique.

@PhWalkowiak

 

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