L'Italie, "championne" européenne du braconnage

Près de six millions. C’est le nombre d’oiseaux tués chaque année en Italie, un record en Europe. La botte est le plus mauvais élève du continent en matière de chasse illégale. Près de Rome, des brigades conjointes de naturalistes et de carabiniers essaient de lutter contre le phénomène.

Ce sont de petits appareils qui se cachent facilement sous une feuille ou dans un arbre. Dès le début de l’automne, leurs sons résonnent dans les campagnes italiennes. Les appeaux électromagnétiques sont la bête noire des bénévoles de la Ligue italienne de protection des oiseaux (Lipu). "Ce sont des reproducteurs de sons qui sont reliés à un haut-parleur", décrit Giovanni Albarella, responsable de la section romaine de la Lipu. "Ils reproduisent en continu les chants de différentes espèces d’oiseaux, très fort ! Et donc même les oiseaux qui volent très haut lors de leur migration l’entendent, et ils sont attirés par ces appels."

Si les appeaux électromagnétiques sont en vente libre sur Internet, leur utilisation pour la chasse est interdite partout en Europe. Pourtant, ces appareils très sophistiqués restent encore de précieux alliés pour certains chasseurs italiens. Alouettes, grives, faisans, mais aussi de nombreuses espèces protégées sont ainsi abattues, après avoir été "trompées" par les chants électroniques de ces appareils.

Dans la campagne romaine, les bénévoles de la Lipu tendent l’oreille chaque week-end d’automne, afin de prendre en flagrant délit les chasseurs peu scrupuleux. Ils sont accompagnés d’équipes de carabiniers forestiers qui peuvent, en cas d’infractions constatées, saisir les fusils et le matériel.

"Les sanctions prévues sont dérisoires…"

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Les volontaires de la LIPU et les carabinieri unissent leur forces © Louis Seiller

Près de six millions, c’est le nombre d’oiseaux tués chaque année en Italie, selon un rapport de Birdlife International. Le pire bilan en Europe. Du delta du Pô au littoral napolitain, en passant par les Préalpes lombardes ou la côte méridionale de la Sardaigne, le braconnage des oiseaux migrateurs reste une pratique courante sur tout le territoire italien.

"Il y a d’abord une dimension culturelle, traditionnelle", explique Giovanni Albarella. "Pour une grande partie des habitants des montagnes ou des îles, les oiseaux migrateurs étaient autrefois l’unique source disponible en protéines alimentaires. L’autre raison, c’est que les montants des sanctions prévues sont dérisoires, ils ne dissuadent pas les braconniers."

Si la péninsule italienne sert de pont vers l’Afrique pour les oiseaux migrateurs, elle s’apparente aussi à une vraie course d’obstacles. Des milliers de passereaux comme des rouges-gorges ou des chardonnerets, mais aussi des rapaces ou des cigognes sont abattus ou piégés lors de leur voyage vers leurs quartiers d’hiver africains. "Ça n’a pas toujours été facile de faire ce travail de vigilance", raconte Pattrizia Battistini, une bénévole de la Lipu. "Mais ce qui aide, c’est de savoir qu’on peut vraiment réduire beaucoup les dommages de la chasse. Quand on intervient sur le terrain, la plupart des chasseurs rentrent chez eux après le contrôle, ce qui signifie beaucoup d’oiseaux sauvés."

Le braconnage des oiseaux est loin d’être l’apanage des groupes criminels, comme cela peut-être le cas dans les Pouilles. Lors de leurs patrouilles, les naturalistes bénévoles rappellent souvent la réglementation à des chasseurs romains pas forcément très informés. Des contrôles qui portent leurs fruits mais qui ne suffisent pas. Pour que le "plan d’action national contre le braconnage", adopté par le gouvernement italien en 2017, soit réellement appliqué, la Lipu a lancé la pétition "stop au braconnage", déjà signée par plus de 180.000 personnes.

 

Ecoutez ici le reportage de Transversales :

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