L'évidence politique du F-35

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La N-VA s’est donc bousculée pour participer à la réception organisée par l’ambassade des Etats-Unis à l’occasion de sa fête nationale. Au moment du choix du remplaçant du F-16, les nationalistes flamands ont aussi tenu à marquer leur préférence au F-35, porté officiellement chez nous par… l’ambassade US.

Cousu de (Lockheed) fil blanc

Tout avait été pourtant prévu pour qu’il n’y ait pas (trop) de soucis : une procédure claire, éloignée autant que faire se peut des interférences politiques voire même économiques. C’est qu’en 40 ans, les règles ont changé pour ce genre de marché.

Le gouvernement fédéral se pensait donc prémuni des désagréments quand il a fixé la procédure de remplacement des bons vieux F-16. L’appel d’offres a été lancé en mars 2017, soit avant l’élection d’Emmanuel Macron. Déjà, à l’époque, cet appel semblait être taillé sur mesure pour le F-35 de Lockheed.

Depuis le début, il est apparu assez clairement que les faveurs des militaires penchaient vers le F-35. C’est d’abord le seul appareil de " 5ème génération " et les pilotes préfèrent bien évidemment disposer d’un matériel de pointe (même s’il n’est pas encore fiable). De plus, les aviateurs belges entretiennent de longues et très anciennes relations avec Lockheed qui a fourni à la Belgique les F-104 dès 1963 et assure toujours le suivi des F-16. De quoi tisser des liens.

De même, en Flandre, tant dans le monde patronal que dans les partis " atlantistes ", le cœur et la raison penchaient pour cette offre américaine-là au point de dégouter Boeing, qui a préféré retirer son F-18 de la course.

Le pied-de-nez à Charles Michel

La France a négligé l’offre belge. Tout paraissait il est vrai couru d’avance. L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée a sans doute modifié le cours de ce dossier et n’a pas laissé insensible Charles Michel, qui tient à intégrer le " cockpit de l’Europe ". Au moment où les USA de Trump méprise l’Europe et où les Britanniques larguent les amarres, l’offre de Dassault prend un réel sens stratégique et politique. Le contexte général a changé depuis que la Belgique a décidé il y a plus de deux ans de changer d’avions de combat. Charles Michel tente de le faire valoir et il a raison de le faire. Malheureusement pour lui, son principal allié ne partage ses vues européennes fédéralistes. De plus, le respect de la procédure pèse en faveur du choix flamand. En Flandre, revoir celle-ci cela revient à faire référence aux scandales Agusta-Dassault. Pas question pour la N-VA de se voir comparée au PS. L’affaire est dès lors entendue. Reste à l’habiller politiquement.

Le Premier Ministre tente de gagner du temps, repousse la décision à octobre, juste après les communales. Bart De Wever a prévenu : pas question du Rafale. Point. Très peu probable qu’il revoie sa position à quelques encablures des élections. En octobre, ce sera F-35 ou rien. Ça tombe bien : Lockheed a besoin de temps pour rendre son prototype fiable.

La Flandre a fait son choix. Et comme on le disait du CVP tout puissant des années 60 et 70 : ce qui est bon pour la N-VA est bon pour la Flandre et ce qui est bon pour la Flandre est bon pour la Belgique. Rompez.

 

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK