L'émancipation politique bruxelloise

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Et de deux.

Les deux plus petits exécutifs du Royaume sont formés. Côté germanophone, l’habitude a prévalu : le nouveau gouvernement est mis sur pied dans la foulée du scrutin, sans se soucier des résultats nationaux.

Bruxelles devient la première région à disposer d’un gouvernement, en un peu plus de cinquante jours, là aussi sans tenir compte de ce qui se passe ailleurs. Et là, c’est une première.

Cavalier seul

Lors des formations simultanées précédentes, Bruxelles avait suivi le mouvement général même si en 1999 ECOLO renonçait in extremis de monter dans un gouvernement bruxellois dirigé par les libéraux, à la différence de Groen ou des collègues wallons.

A chaque fois, la formation du gouvernement bruxellois s’est déroulée au même rythme de ce qui se passait en Wallonie et à la Communauté. Plus cette fois. L’affaire s’est réglée entre Bruxellois.

En 2014, le " coup de force " PS-cdH avait été concerté dans les deux régions, ce qui avait profondément outré les libéraux et favorisé le cavalier seul du MR.

Cette fois, le MR a tenté de forcer la porte en dernière minute, avec l’aide de l’Open VLD, sans y mettre une véritable conviction. Le MR ne pourra en tout cas pas trop critiquer un accord de majorité qu’il était prêt à signer contre un portefeuille ministériel mais l’Open VLD, au pouvoir à Bruxelles depuis 20 ans, en sort meurtri.

Rutten désavouée

Traditionnellement à Bruxelles, Francophones et Néerlandophones négocient chacun de leur côté une majorité linguistique, avant de se retrouver. Lors des négociations précédentes, les présidents des partis flamands regardaient généralement tout cela d’un œil distrait.

Cette fois, la présidente des libéraux flamands aura été la seule à se mêler directement des négociations et tenter de forcer une présence du MR, bien plus pour montrer au formateur flamand Bart De Wever que son parti n’était pas le supplétif d’un " gouvernement de gauche " que pour faire plaisir à Didier Reynders ou Charles Michel.

Gwendolyn Rutten n’a pas été entendue par les siens à Bruxelles et cela risque de laisser des traces. La N-VA retient déjà que l’Open VLD entre dans un gouvernement dont le programme n’évoque pas les " transmigrants ". Cela risque de peser dans les négociations flamandes et fédérales.

Plus généralement, notre fédéralisme devient adulte. Chaque entité fédérée jouit désormais d’une dynamique propre. L’épisode bruxellois pèsera-t-il sur les négociations wallonnes ? Au sud du pays, le PS a besoin du MR qui peut faire valoir qu’ECOLO est arithmétiquement superflu.

Deux gouvernements sur les six à former, existent. La formation du gouvernement fédéral risque d’attendre que tous les autres soient sur pied ; ce qui avec des coalitions disparates s’apparente de plus en plus à un tour de force.

 

@PhWalkowiak

 

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