L'Arc-en-ciel, 20 ans de rancœurs

L'Arc-en-ciel, 20 ans de rancœurs
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Ecolo et PS vont donc discuter d’un arc-en-ciel en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles et ce n’est pas de gaieté de cœur. Il faut bien lire le communiqué envoyé hier soir par Ecolo. Il reprend mot pour mot les termes de l’invitation envoyée plus tôt par le PS. On y trouve toute la fougue et la détermination volontariste de se retrouver avec le MR autour de la table :

Le Conseil de Fédération d’Ecolo donne mandat aux coprésidents de répondre favorablement à l’invitation formulée par le PS d’examiner lors d’une rencontre exploratoire avec le MR l’élargissement possible des cohérences déjà construites entre le PS et Ecolo.

Ecolo et PS mettent d’abord un doigt de pied dans l’eau avant de plonger. C’est donc la mort dans l’âme qu’Ecolo a accepté l’appel du PS, qui lui aussi la mort dans l’âme a rappelé le MR. Bref, c’est le retour de l’arc-en-ciel, 20 ans après celui de 1999 qui lui s’était fait dans une certaine euphorie.

20 ans c’est loin

Et pourtant, et pourtant, il fut un temps où l’arc-en-ciel n’était pas contre nature. Je vous ai retrouvé une petite archive. Elle date de 1999 à la fin des négociations, Jacky Morael, secrétaire fédéral d’Ecolo (on ne disait pas encore coprésident) est interrogé sur cet attelage disons surprenant à la fin des négociations.

J’ai eu le sentiment lors des discussions que ce n’était pas du marchandage. Il y a eu une volonté de trouver des synthèses, des chemins communs entre trois grandes familles politiques qui n’ont pas la même vision de la société, qui ont chacune leurs intérêts, libéraux, socialistes et écologistes. Quand Guy Verhofstadt parle de cohérence, il n’a pas tort.

Le problème c’est qu’Ecolo est ressorti traumatisé de cette expérience. Ratiboisé après 4 ans. C’est une donnée essentielle que le PS et surtout le MR ne peuvent ignorer s’ils veulent faire réussir l’arc-en-ciel. On mesure en relisant Jacky Morael aujourd’hui ce que notre paysage politique a perdu avec son départ. On mesure surtout comment 20 ans de trahisons, de rancœurs, 20 ans de ressentiments, d’humiliations et de méfiance sont venus gripper tout le système.

On mesure combien le contexte est différent. Combien les contraintes budgétaires pèsent plus lourdement, les attentes des citoyens plus fortes, la méfiance aussi, les enjeux écologiques, sociaux et économiques sont plus vertigineux que jamais. On entend le respect démocratique qui existait alors entre les différentes traditions politiques.

A bien des égards, l’exercice du pouvoir demande plus de courage aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Les retraits du PTB et le cdH en sont la preuve. Prendre ses responsabilités est devenu un sport de combat. Surtout pour les partis de gauche. Encore plus pour Ecolo à qui le pouvoir a généralement mal réussi. Mais on en revient à une loi de base que Jacky Morael assumait. Une loi qui vaut pour tous les partis à la culture démocratique solide : si un parti préfère la pureté de ses convictions à la prise de responsabilité, c’est qu’au fond il ne croit pas lui-même en la force de ses convictions.

 

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