L’air de la campagne

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

C’en est devenu un axe de campagne fort : le MR a décidé de cibler ECOLO bien plus que toute autre formation. On aurait pu s’attendre que les libéraux tentent de se démarquer du « félon » Destexhe à sa droite ou attaquent ces bons vieux rivaux socialistes. Le PS est généralement englobé dans un « conglomérat des gauches » et seul finalement ECOLO a droit à un traitement spécifique, allant parfois au-delà de la caricature quand cela ne verse pas dans le mensonge.

Campagne

L’air d’une campagne ne sent pas toujours très bon. Et à ce niveau-là, la Belgique a relativement été épargnée jusqu’ici. Toutefois, nous restons bien loin de ce que ce pays connaissait dans les années 30 où le dénigrement et la caricature de l’adversaire étaient la règle.

De plus, la mauvaise foi reste bien entendu de mise, lors d’une campagne. C’est de bonne guerre. Comme quand ECOLO ou PS dénoncent le déficit laissé par le gouvernement fédéral, alors qu’ils faisaient de même au pouvoir en justifiant aussi cela par un « il ne faut pas casser la croissance ».

Mais ce qui est différent, cette fois, c’est le ciblage systématique tant de l’adversaire que le biais (l’usage massif des réseaux sociaux) utilisé.

Cœur de cible

Comme le disait un ténor libéral peu après les élections communales, notamment dans le Brabant Wallon : si les plus âgés votent encore pour nous, leurs enfants ou petits-enfants votent à présent pour ECOLO. Il en va de même dans les grands centres où le MR était généralement à la peine.

MR et ECOLO se partageraient donc un même électorat, au profil socio-démographique proche. Lors de notre baromètre, l’institut KANTAR avait aussi examiné le profil des électeurs qui exprimaient par ailleurs leur préférence électorale. En Wallonie, il apparaît ainsi clairement que tant libéraux qu’écologistes attirent un électorat diplômé et que de fait, le MR connaît un déficit dans les villes et auprès des jeunes.

Alliance

Mais la rivalité tourne à présent au matraquage, au point que l’on peut se demander si le MR n’a pas renoncé à toute alliance en Wallonie et à Bruxelles.

Même si le MR se redresse par rapport aux sondages, il aura besoin d’alliés. Le cdH pourra très difficilement suffire. Le MR semble se fâcher durablement avec ECOLO après l’avoir fait avec le PS. Même si la politique est l’art de tous les possibles, il va être très difficile de recoller la porcelaine pour constituer les majorités régionales. Les réformateurs ne songeraient-ils alors plus qu’à un gouvernement fédéral Michel 2 comme seule alternative possible ? Avec quels alliés francophones ? Le MR est-il prêt à reformer un exécutif fédéral ultra-minoritaire du côté francophone ?

Au-delà d’une confrontation des idées toujours bénéfique, la stratégie semble erratique.

La campagne, c’est plein de détours, on peut parfois s’y perdre ou ne plus savoir où l’on va…

 

@PhWalkowiak

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