Jackpot sur les gros salaires, j'avale mon café de travers

Jackpot sur les gros salaires, j'avale mon café de travers
Jackpot sur les gros salaires, j'avale mon café de travers - © Tous droits réservés

C’etait hier le jackpot day des grands chefs d'entreprises. Le jour où les grands patrons, ceux du Bel 20, ont déjà gagné ce qu’un salarié moyen mettra toute l'année à obtenir

Nous sommes le 9 Janvier. Vous enlevez le 1er janvier qui était un jour férié, un week-end consacré à la galette des rois (la vraie, celle du pâtissier), il vous reste 6 jours de travail. 6 jours c’est ce qu’il faut aux patrons du Bel 20 pour gagner 44.734 euros. Soit l’équivalent du salaire médian annuel. Le salaire médian  n’est pas le salaire moyen, il faut l’imaginer comme  une ligne de partage, pile au milieu. La moitié des salariés gagne plus, l’autre moitié gagne moins (le salaire moyen est donc un peu plus élevé).

Si on gagne en 6 jours l'équivalent du salaire médian, vous imaginez bien qu’en fin d'année on a amassé un joli pactole. 2.080.000 euros, c’est la rémunération annuelle de ces patrons, soit 7963 euros par jour, ce que la plupart des gens gagnent en 3 ou 4 mois. Ce sont des chiffres de 2016 publiés hier par le syndicat chrétien. Bien sûr cela ne concerne que les patrons du bel 20, donc les 20 plus grosses entreprises cotées en bourse. Mais ce qu’il faut surtout en retenir, c’est que les inégalités s’accroissent. En 2015, les grands patrons gagnaient 38 fois le salaire médian. En 2016, un an plus tard, on est passé à 46 fois. Les modestes sont toujours plus modestes et les riches toujours plus riches. On attend avec impatience les chiffres pour 2017.

Pourtant les patrons belges ne sont pas les mieux lotis

Au Royaume-Uni, le jackpot day tombe le 4 janvier rapporte La Libre Belgique, donc après 3 jours de travail seulement. Un grand patron y touche 120 fois le salaire médian. C’est la même chose en Allemagne, et c’est sans doute pire aux États-Unis ou en Chine où les obligations de transparence sur la rémunération des CEO ne sont pas les mêmes que dans l’Union européenne. On ne parle ici que de salaires pas des avantages en nature. Je vous passe la Bentley ou le personnel mis à disposition. Mais relativisons... Il reste moins choquant de voir de telles sommes gagnées par un grand patron qui a 40 ans d’expérience et gère des centaines de salariés que par un footballeur de 25 ans. À l’inverse, quand on publie les salaires des hommes politiques, on doit bien reconnaître qu’être ministre, quel que soit le niveau de pouvoir, est bien moins rémunérateur que de présider aux destinées d’AB inbev, Confinimmo ou Colruyt. Rassurez-vous il y a aussi des inégalités entre puissants. Je suis certain que les patrons d’Ageas ou Delhaize regardent avec jalousie combien gagne celui d’UCB. La bonne nouvelle, c’est que nous, dans ces cas-là, on se console en grattant un win for life à 3 euros avec une bouteille de vin rouge (du gros rouge, celui qui tache, vu le contexte). Alors que, eux, le win for life ne peut même pas les faire rêver.

L’autre inégalité se situe en bas de l'échelle

 Là, c’est moins drôle. Le salaire médian concerne les salariés. Il faut avoir un contrat de travail. La grande tentation des entreprises aujourd’hui est de ne plus prendre des salariés mais des indépendants. C’est le cas des livreurs de Deliveroo  (dont une petite partie s’est mise en grève hier soir) que l'on oblige à opter pour ce statut. Plus d’assurance maladie, plus de congés payés. C’est le lumpen proletariat d’aujourd’hui. Chez Deliveroo le coursier est payé 5 euros la course. Quand il attend l’appel, il ne touche rien. Deliveroo n’est pas dans le Bel 20, c’est une entreprise britannique.  Je n’ai pas trouvé la rémunération de son patron. Tant mieux. Je crois que la comparaison entre son salaire à lui et celui d’un coursier de base m’aurait fait avaler mon café de travers.

 

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