IVG, la démocratie confisquée

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Ce que la Flandre conservatrice veut …

La proposition de loi dépénalisant totalement l'avortement, étendant la période d’intervention à 18 semaines et réduisant à deux jours le délai de réflexion repart au Conseil d’Etat pour examen de quelques amendements. Pour la quatrième fois. Alors que la Chambre en a connu des vertes et des pas mûres en matière de flibusterie parlementaire, cela ne s’était jamais vu. C’est dire l’entêtement et le mépris pour la simple démocratie parlementaire des trois formations flamandes (N-VA, VB, CD&V).

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La question dépasse la simple dimension éthique. Il est tout à fait légitime d’être opposé à cette proposition de loi. Mais à un moment dans une démocratie parlementaire, il faut se compter. Ici, de longs débats, des auditions d’experts ont pu avoir lieu. Cette loi n’est pas mise au vote à la sauvette, contrairement à ce que prétendent ses opposants.

Ici, une minorité s’ingénie à empêcher une majorité de voter. Chaque député, représentant des citoyens, a pourtant le droit, voire le devoir de s’exprimer. Principe de base de la démocratie parlementaire représentative.

Bien entendu, les manœuvres dilatoires sont monnaie courante à la Chambre. Mais pas de cette ampleur, pas sur les sujets éthiques. La droite conservatrice flamande crée un précédent dangereux. Désormais, il est acquis que 50 députés peuvent bloquer ad vitam aeternam une loi. Certains ont ainsi remarqué que la gauche aurait pu le faire sur tous les projets du gouvernement Michel, ce qu’elle n’a pas fait malgré une opposition farouche.

Chantage

Ce quatrième report permet surtout au dossier de revenir dans les mains des présidents de parti. N-VA et CD&V comptent bien en faire un élément de la future(?) négociation gouvernementale. Une monnaie d’échange contre d’autres dossiers. Un chantage sur la future(?) stabilité gouvernementale. La particratie plutôt que la démocratie. Courant sous nos latitudes. La détresse de certaines femmes devient secondaire.

En outre, ces formations ont donné une dimension communautaire à cette dépénalisation, rejetée de fait par une majorité de députés flamands. Oubliant que toutes les lois du dernier gouvernement fédéral ou pour remonter plus loin l’emblématique fixation de la frontière linguistique (1962) l’ont été contre l’avis d’une majorité de députés francophones.

La N-VA et le Vlaams Belang ont gangrené le fonctionnement de la démocratie parlementaire belge, déjà bien malade. Désormais, plus que jamais, tout sera envisagé sous l’angle francophone/néerlandophone et une loi risque de ne plus être viable que si elle est soutenue majoritairement dans chaque groupe linguistique.

Pour ces formations, la parade est toute trouvée : scinder tant et plus les compétences pour que " chaque démocratie " règle cela à sa meilleure convenance. Le fédéralisme belge se trouve désormais au bout de sa logique, comme l’illustre l’impossibilité de former un gouvernement fédéral depuis 14 mois déjà.

 

@PhWalkowiak

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