Islamisme radical en Belgique: "L'affaire d'une minorité dangereuse"

Dessin paru dans l'émission Mise au Point du 25/03.
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Dessin paru dans l'émission Mise au Point du 25/03. - © Kroll / RTBF

La radicalisation de certains Musulmans belges, dénoncée par les uns, niée par les autres, était au centre des débats de "Mise au Point" ce dimanche midi. Malgré les contrôles, les surveillances et les discours rassurants, le risque que notre pays soit le théâtre de crimes semblables à ceux commis à Toulouse serait pourtant bien réel.

Entre le meurtre d’un imam dans une mosquée bruxelloise et la tuerie perpétrée à Toulouse par Mohamed Merah, l'Islam a fait la Une des médias durant ces dernières semaines. Et nombreux sont les citoyens qui s’inquiètent d’une montée en puissance, dans notre pays, d’un islamisme radical.

"L’islamisme radical et le salafisme sont l’affaire d’une minorité", affirme Alain Winants, grand patron de la Sûreté de l’État. "Si on prend une population musulmane, ici en Belgique, de 600 000 personnes, nous parlons, au niveau du salafisme, de quelques centaines de militants et de quelques milliers de sympathisants. Il faut se garder de faire un amalgame et de montrer du doigt une certaine partie de la population. Il s’agit clairement d’un mouvement minoritaire. Ceci dit, il s’agit d’une minorité que la Sûreté de l’Etat estime dangereuse."

Radical mais non-violent

Si le nombre de "radicaux" est donc faible, certains estiment que ce courant monte en puissance. "Nous constatons que ces derniers temps, il y a une augmentation du radicalisme, une augmentation du danger extrémiste, voire terroriste, mais cela reste toujours le fait d’une minorité", réagit Alain Winants.

"Le problème, c’est que quand on parle à la fois d’islamisme radical et de salafisme sans essayer de bien séparer les différents registres, on a l’impression qu’il y a une grande masse de gens qui sont prêts à passer dans la violence aveugle. Mais la plupart du temps, la grande majorité, ce sont des gens qui veulent avoir une pratique très rigoriste de l’islam qui, bien sûr, les sépare de la société majoritaire mais qui ne débouche pas nécessairement sur la violence", précise l’islamologue Michaël Privot.

Une radicalisation "minimisée"

Présents ce dimanche midi sur le plateau de Mise au Point, les acteurs de terrain affirment ne pas ressentir cette radicalisation. "J’ai vraiment le sentiment que la majorité des Musulmans s’inscrivent plutôt dans une démocratisation, une contextualisation de l’Islam", avance Isabelle Praile, vice-présidente de l’Exécutif des Musulmans, qui rappelle également qu’une majorité de ses coreligionnaires en ont "ras-le-bol de tous ces actes posés par des illuminés au nom de l’Islam".

Mais ces discours, rassurants, ne convainquent pas tout le monde. Le journaliste Claude Demelenne dénonce ainsi des propos "politiquement corrects" qui "minimisent la radicalisation". Et de rappeler qu'à Bruxelles, lors des élections régionales de 2009, deux listes "musulmanes extrémistes" (Egalité et musulmans.be) ont récolté ensemble quelque 9000 voix. "Pour qu’une démocratie se protège, il faut nommer le danger et reconnaître qu’il existe aujourd’hui à Bruxelles, en Belgique, à côté d’une extrême-droite "crâne rasé/nazillon", une extrême-droite musulmane", affirme-t-il. "Le drame de Toulouse pourrait se passer à Bruxelles."

Une surveillance accrue

Tout comme Claude Demelenne, de nombreux téléspectateurs interviennent pour dénoncer cet angélisme et faire part de leurs inquiétudes qu’un tel acte ne se produise prochainement chez nous.

"Aucun pays et aucun service de renseignement n’est à l’abri de l’acte d’une telle personne", avoue Alain Winants. "Il est probable qu’il y ait en Belgique des personnes qui, placées dans certaines conditions, pourraient effectivement passer à l’acte." La Sûreté de l’État dispose donc d’une base de données reprenant les noms et les coordonnées de ces citoyens susceptibles d’accomplir de tels crimes, confirme Alain Winants. Quelques dizaines de personnes résidant en Belgique séjourneraient occasionnellement au Pakistan ou en Afghanistan. Ainsi, l’époux de Malika El Aroud, veuve de l'un des meurtriers du commandant afghan Massoud, se trouve actuellement dans la zone frontalière séparant ces deux pays, selon le numéro 1 de la Sûreté.

Coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, le Belge Gilles de Kerchove assure que tout est actuellement mis en œuvre pour améliorer les moyens de détection et d’information. Contrôle des mouvements des passagers, vérification des données financières ou renforcement de la coopération entre services de police et de renseignement figurent parmi les moyens destinés à "améliorer la détection précoce" de ces menaces. Mais, précise Gilles de Kerchove, cette détection doit également passer par un développement et une amélioration des services de police de proximité.

Les canaux: internet, mosquées et prisons

Les canaux de diffusion de ces messages radicaux sont multiples et variés : sites internet, prisons, prêches des imams… Selon des chiffres figurant dans un rapport du comité de Renseignement et datant d’une dizaine d’années, "sur les 300 mosquées officielles en Belgique, 10% étaient des mosquées où étaient propagés des discours radicaux", rappelle Claude Moniquet, expert en terrorisme. "Le vrai problème, ce sont les gens qui gravitent autour des mosquées. C’est là que les processus de radicalisation peuvent se faire, pas au travers des discours des imams", réplique Michaël Privot, par ailleurs responsable de la mosquée de Verviers.

Pour ce dernier, c’est surtout la radicalisation dans le milieu pénitentiaire qui inquiète aujourd’hui. "J’ai connu des gens qui sont passés par la prison de Lantin du temps où Nizar Trabelsi y était. Je peux comprendre que les autorités pénitentiaires aient des difficultés à gérer ce genre de cas mais le fait qu’il était en isolation complète, cela en faisait un martyr pour la cause."

Le PS, "un parti clérical musulman"

Malgré la propagation de ces messages radicaux, le député socialiste Rachid Madrane l’affirme : "Nous avons en Belgique la chance d’avoir des services efficaces". La lutte contre le jihadisme passerait, affirme-t-il, par une meilleure éducation et un rejet de l’exclusion sociale.

En face de lui, Claude Demelenne secoue la tête et dénonce la complaisance "d’une partie de la gauche". "Dans certains quartiers à Bruxelles", indique-t-il, "le parti socialiste, qui est un parti dont je me sens proche, est devenu un parti clérical musulman. Pas du tout de musulmans extrémistes, bien entendu. Mais dans la dénonciation du fascisme islamiste, de l’extrémisme musulman, il y a chez certains une tiédeur. Parce que quelque part, ils veulent ratisser large."

Un constat que semble partager Louis Michel (MR). "Il y a eu une attitude électoraliste pendant des années par rapport à un certain nombre de sujets qu’on ne pouvait pas aborder sans être tout de suite taxé de racisme, de xénophobie…", se souvient l’ancien ministre des Affaires étrangères.

PIAB
 
Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme ; Alain Winants, administrateur général de la Sûreté de l'Etat ; Louis Michel, député européen MR ; Rachid Madrane, député PS ; Isabelle Praile, vice-présidente de l'Exécutif des musulmans ; Michael Privot, islamologue et membre des frères musulmans ; Albert Guigui, grand rabbin de Bruxelles ; Claude Moniquet, directeur de l'ESISC et ancien agent des services secrets ; Claude Demelenne, journaliste et auteur.
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