Islam/RTBF : Philippe Moureaux (PS) ne regrette pas ses propos

Après la polémique engendrée par le reportage de "Questions à la Une", l’équipe de Mise au Point proposait ce dimanche midi de se pencher sur la manière d’aborder l’islam. Et de revenir avant tout sur les propos, particulièrement durs, de Philippe Moureaux à l’encontre de la RTBF et des journalistes à l’origine du reportage contesté. Le socialiste avait notamment évoqué les méthodes utilisées par le leader nazi Goebbels.

Présent sur le plateau ce dimanche, le bourgmestre de Molenbeek a pleinement assumé ses propos  "qui ont un caractère spontané, qui ne sont pas très policés". L’homme l’affirme clairement lorsqu’Olivier Maroy lui pose la question : non, il ne regrette pas. "Je crois que j’ai sonné le tocsin. Il n’y avait aucun appel à la violence mais un appel aux dialogues. Je demande le dialogue, je demande le respect des populations dont je suis politiquement responsable. Je suis peut-être le seul à mon niveau à le faire."

"J'ai du mal à croire en la sincérité de monsieur Moureaux"

Un argumentaire qui ne convainc guère Louis Michel (MR). "J’ai du mal à croire monsieur Moureaux", lâche le libéral. "J’ai vraiment du mal à croire en la sincérité de monsieur Moureaux lorsqu’il dit que c’est la voix d’un défenseur naturel des plus faibles. (…) Moi, j’ai vraiment le sentiment que c’est un coup électoraliste, racoleur, instrumentalisant. Je considère que victimiser, comme vous le faites, ces communautés, c’est pousser à l’assistanat et à la dépendance."

Le responsable de l’information à la RTBF fait une nouvelle fois part de sa colère devant cette "comparaison injurieuse, déplacée, outrancière". Jean-Pierre Jacqmin évoque un reportage, fruit de plusieurs semaines de travail, qui pose de réelles questions d’intérêt public tout en se basant sur des faits, des actes et des paroles.

"Il ne faut pas se voiler la face"

Depuis sa diffusion voici une dizaine de jours, le reportage de "Questions à la Une" a largement fait réagir la communauté musulmane de Belgique. Mais si certains critiquent en bloc le travail de Frédéric Deborsu, d’autres sont plus nuancés.

"On a relaté les excès d’une frange de notre communauté", note Hamid Benichou, administrateur de Bruxelles-Espace Intercommunautaire. "Il ne faut pas se voiler la face. De plus, grâce à ce reportage, l’imam qui a proféré des propos inacceptables ne prêchera plus dans cette mosquée. (…) Il est grand temps que notre communauté se prenne en charge elle-même, ne se victimise plus et prenne ses responsabilités."

D'autres invités de "Mise au Point" regrettent certains éléments du reportage, comme son titre ("Faut-il craindre une montée de l’islam en Belgique ?"). L’artiste Mousta Largo, qui a lui-même participé au reportage, évoque un titre racoleur. "On m’a vendu ‘Vivons-nous ou non dans une société interculturelle?’, voilà le premier titre. Mais ‘Faut-il craindre la montée de l’islam ?’… On aurait dit ‘Faut-il craindre la montée de l’islamisme ?’, là j’aurais été d’accord. En parlant d’islam, on a jeté en pâture 440 000 Musulmans dans de l’amalgame." Le chanteur regrette également que le second reportage de l’émission ait eu pour objet l’extrême-droite française.

"Une approche caricaturale simpliste"

D’autres, comme le théologien et islamologue Yacob Mahi, dénoncent l’approche caricaturiste de l’islam. "Chaque fois que l’islam est stigmatisé dans les médias, c’est avec une approche caricaturale simpliste : la femme, le voile et la violence", regrette-t-il, tout en précisant ne pas souhaiter que l’islam devienne un sujet tabou dans les médias belges.

"Moi, je pense qu’il est du devoir de la presse de mettre son nez dans ces choses-là", réagit Louis Michel. "Il est du devoir de la presse d’aller écouter un imam qui tient des propos antisémites, contre les femmes, obscurantistes."

Des problèmes de fondamentalisme et d'antisémitisme

Philippe Moureaux regrette quant à lui la manière dont on lui a présenté l’émission lors du premier contact pris par les journalistes de la RTBF. "On allait faire une émission sur les réussites et les belles choses. Le marché de Molenbeek, la seule image que les gens qui ont vu ça vont en retenir, c’est une personne portant le niqab", relève le socialiste.

Depuis la diffusion du reportage de la RTBF, certains ont avancé que la communauté musulmane refusait toute critique et tout débat. "Il y a au sein des communautés musulmanes des gens qui ne sont pas d’accord avec des choses qu’ils voient. Il ne faut pas nier les problèmes : il y a les problèmes du fondamentalisme et de l’antisémitisme", note Edouard Delruelle, directeur du Centre pour l’Egalité des Chances.

"Vous voulez qu'on aille dans une taverne au fond d'Arlon?"

L’équipe de Mise au Point diffuse alors un extrait du reportage de "Questions à la Une" dans lequel quelques jeunes issus de la communauté musulmane donnent leur vision du rôle de la femme.

"Vous voulez qu’on aille dans une petite taverne au fin fond d’Arlon et qu’on parle de la religion chrétienne ou qu’on aille discuter avec des hassidiques à Anvers ?", s’interroge Musta Largo. "Ici, on touche le pathétique. Aller discuter avec des jeunes, qui n’ont aucun bagage culturel ou intellectuel… Vous prenez une carte et vous leur demandez de pointer La Mecque et ils vont vous pointer le Liechtenstein. Ils ne sont représentatifs, pour moi, de rien." Pour l’artiste belge, il serait réducteur de ramener l’islam européen aux propos de ces quelques jeunes. "C’est comme si demain, on partait sur le postulat que tous les curés sont pédophiles", conclut-il.

Manque de débat et de mise en perspective

Sociologue de l’Islam, Brigitte Maréchal (UCL) confirme qu’il existe aujourd’hui un net retour au religieux au sein de la communauté musulmane de Belgique. "On le voit, on le sent, dans la rue", glisse-t-elle.

Pour éviter une radicalisation, de la jeunesse notamment, Brigitte Maréchal insiste sur l’importance de la formation et du débat au sein des écoles. "Il faut avoir un discours serein sur le religieux et ne pas le laisser à l’enclos de la mosquée ou de la stricte communauté", estime-t-elle. Pour elle, ces jeunes manquent d’instruments leur permettant de comprendre leur religion. Une mise en perspective "qui manque pour le moment à tous les niveaux. À l’université, on n’a toujours pas en Belgique une faculté de théologie islamique. Comment voulez-vous avoir un encadrement qui soit approprié par rapport à notre contexte belge ?"

Formation et contrôle

A côté de la formation, d’aucuns pointent également la nécessité de mieux contrôler le fonctionnement des mosquées et les discours qui y sont tenus. "Il faut que les autorités puissent fermement condamner et contrôler", souhaite Hamza Fassi-Fihri, député bruxellois (cdH).

"Il y a un devoir d’ingérence de la Belgique par rapport à l'organisation", poursuit Sarah Turine, secrétaire politique bruxelloise d’Ecolo. "On a trop laissé les ambassades étrangères s’ingérer dans l’organisation du culte. Et cela crée notamment tous les soucis au sein de l’Exécutif des Musulmans. Si on pouvait peut-être être moins laxistes par rapport à cette ingérence de la part de ces ambassades, on aiderait la communauté musulmane belge à pouvoir mieux organiser le tout."

Sarah Turine dénonce également le manque "cruel" de formation des imams en Belgique. "Tant qu’il n’y a pas ces formations, on va chercher des imams ailleurs, à l’étranger, qui ne parlent pas français, qui ne parlent pas néerlandais et qui ne connaissent rien de la réalité de nos quartiers."

PIAB

 

Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche : Philippe Moureaux, vice-président du PS ; Louis Michel, MR, député européen ; Sarah Turine, secrétaire politique bruxelloise d'Ecolo ; Hamza Fassi-Fihri, cdH, député bruxellois ; Yacob Mahi, théologien et islamologue ; Hamid Benichou, administrateur de BXL-Espace Intercommunautaire ; Musta Largo, artiste et chanteur ; Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information RTBF ; Edouard Delruelle, directeur du Centre pour l'égalité des chances ; Brigitte Maréchal, sociologue de l'Islam (UCL).

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