Insécurité, coupures d'électricité, suspicion de partialité : le quotidien de notre correspondant au Venezuela

Insécurité, coupures d'électricité, suspicion de partialité: le quotidien de notre correspondant au Venezuela
Insécurité, coupures d'électricité, suspicion de partialité: le quotidien de notre correspondant au Venezuela - © Tous droits réservés

L’actualité au Venezuela est très souvent clivante. Nous sommes souvent interpellés par la façon dont on en parle dans nos journaux télévisés, parlés. On en parle dans cet article-ci. L’une de nos sources d’information vient de notre correspondant sur place. Comment travaille-t-il ? Dans quelles conditions ? Est-il plus attentif à l’actualité de l’opposition ? Inside lui a posé toutes ces questions.

De rares correspondants pour de nombreux médias

Benjamin Delille est arrivé sur place en septembre dernier à Caracas, après avoir attendu 9 mois un visa de travail. Il réalise des reportages pour une belle brochette de médias francophones : RFI, France info, France 24, Libération, Ouest France. Il est l’un des seuls journalistes francophones sur place. Une lourde responsabilité. Il dit d’ailleurs qu’il préférerait avoir d’autres confrères.

Mais la réalité du terrain, ce sont aussi des conditions de vie moins confortables qu’ailleurs : " L’un des problèmes majeurs, c’est l’insécurité. Le Venezuela est l’un des pays les plus dangereux du monde, hors conflit. Et en tant que journaliste, on est une cible de choix, il faut faire très attention. On ne peut pas se balader dans tous les quartiers sans problème, il faut être accompagné. Je veille à avoir un relais de confiance sur place. On ne peut pas travailler de nuit non plus par exemple ". Avec comme conséquence, des reportages qui prennent du temps à préparer, ce que tous les médias ne prennent pas forcément en compte pour le rémunérer.


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Les grandes coupures depuis mars, cela complique le travail 

Au-delà de l’insécurité, la situation humanitaire complique aussi la donne. Le pays est enlisé dans une crise politique, économique et sociale depuis 2015. Une crise qui dure. Les Vénézuéliens souffrent de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Le FMI, le Fonds Monétaire International projette une inflation galopante de 10.000.000% en 2019. " Il y a plusieurs produits que je ne consomme plus, en raison des pénuries ", explique Benjamin Delille. "Mais d’une manière générale, je n’ai pas trop de problèmes pour trouver des vivres, avec mon salaire français, contrairement aux Vénézuéliens ".

Il faut aussi vivre avec les coupures d’eau et d’électricité : " depuis les grandes coupures début mars, cela complique le travail au quotidien, sans électricité, plus d’internet et plus de réseau. Il faut travailler en cherchant du réseau à gauche à droite. Au début, je me suis débrouillé en allant dans des lobbys d’hôtels qui avaient des générateurs électriques. Mais il a fallu trouver d’autres solutions ".

Des critiques du public

Des correspondants souvent sous le feu des critiques. Le traitement de l’actualité au Venezuela par la RTBF est parfois pointé du doigt par certains auditeurs, téléspectateurs et internautes. Isabelle par exemple s’interroge sur l’impartialité de notre correspondant : " Votre correspondant n’a donné la parole qu’à des personnes de l’opposition, alors que des milliers d’autres Vénézuéliens étaient aussi dans la rue pour soutenir le gouvernement en place, démocratiquement élu faut-il le rappeler " – 24 janvier 2019.

C’est le cas aussi de Fernand qui pointait du doigt une autre manifestation, celle du 2 février dernier : " En ce qui concerne la situation au Venezuela, vous accordez une large place à l’imposante manifestation anti-Maduro. Cependant, pas un mot sur la manifestation ayant rassemblé des dizaines de milliers de partisans de Maduro dans un autre quartier de Caracas ".

L’opposition donne le ton de l’actualité

A ces critiques, Benjamin Delille répond qu’il fait toujours l’effort d’aller aux différentes manifestations et de donner la parole aux deux camps : celui de l’opposition, mais aussi celui du régime : " Le problème c’est que les médias ne m’achètent pas toujours les deux reportages. […] Les antennes n’en ont pas toujours la place. Et souvent, elles choisissent la manifestation de l’opposition… Il faut dire aussi qu’au Venezuela, c’est l’opposition qui rythme l’actualité ces derniers temps. Souvent quand Juan Guaido [Le président de l’Assemblée nationale qui s’est autoproclamé président le 23 janvier dernier] convoque une manifestation, Nicolas Maduro en convoque une autre un peu plus tard. C’est une réponse. Le gouvernement essaie de réagir à l’actualité donnée par l’opposition en donnant un contrepoids ". Sur son compte twitter, Benjamin tweete sur les deux camps, sans distinction.

Il y a un autre argument. Ces manifestations d’opposition sont beaucoup plus suivies que celles du gouvernement. " C’est très difficile à prouver, il n’y a pas de comptage ", explique Benjamin Delille, " mais c’est une impression visuelle. On sait que pour gonfler ses rassemblements, Nicolas Maduro fait monter des gens de l’intérieur du pays à la capitale ".

Suspicion vis-à-vis des journalistes occidentaux

Par ailleurs, les journalistes occidentaux ne sont pas souvent les bienvenus dans les manifestations pro-Maduro. Benjamin Delille explique : " Là-bas, on considère que l’on va donner à voir que le pays est en crise. Et puis quand l’on vient de l’étranger, il y a une forme de suspicion autour du travail du journaliste. Les gens pensent que le journaliste va détourner la parole en défaveur du pouvoir. C’est l’idée que véhicule aussi le gouvernement. Alors que ce n’est pas vrai. Il y a peu, lors d’un reportage à l’Assemblée constituante, les députés chavistes ne voulaient pas répondre à mes questions, pour ne pas ‘servir la propagande des journalistes occidentaux’.

C’est un positionnement qui n’est pas nouveau, cette vision négative et hostile à l’égard de la presse occidentale. Jean-Paul Marthoz a couvert longtemps l’actualité de l’Amérique latine : " C’est là depuis très longtemps et cela fait partie du problème. C’est pour cette raison qu’Hugo Chavez a lancé la chaîne de télévision Telesur. Quand on est issu d’un média vu comme d’establishment, on est très vite considéré comme étant suspect, de mèche avec l’empire ou le grand capital ". On vous en dit plus dans l'article ci-dessous. 


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Le Venezuela traverse depuis des mois une profonde crise politique, avec la lutte entre le président Nicolas Maduro et l'opposant Juan Guaido.

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