Immersion aux urgences : manque d’infirmiers, pénurie de médecins… Quel avenir pour nos hôpitaux ?

Ce n’est pas une surprise, les coûts des soins de santé sont très élevés en Belgique. En Europe, seuls la Suède, l’Espagne, le Portugal et la Grèce font payer davantage leurs citoyens pour se soigner. Bref, la part des dépenses à la charge des patients en Belgique est parmi les hautes d’Europe selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et cela fait des années que c’est ainsi.

Durant cette législature, le pouvoir fédéral, surtout, a tenté de rationaliser notre système de soins de santé en réformant le réseau hospitalier et en diminuant les dépenses pharmaceutiques. Mais est-ce vraiment ce qu’il fallait faire ? Nos hôpitaux sont-ils en crise ? Pour répondre à ces deux questions, nous nous sommes immergés dans un service d’urgences, celui de l’hôpital de Jolimont à la Louvière.

Le burn-out des médecins et des infirmiers

L’hôpital de Jolimont de la Louvière emploie près de 500 personnes. Néanmoins, le service des urgences est un monde à part. Stress, horaires à rallonge, les médecins et les infirmiers sont soumis à une pression importante et, parfois, exténuante. « Il y a des burn-out. La médecine d’urgence demande beaucoup d’engagement sur le plan professionnel », explique François-Xavier Lens, le médecin chef des urgences de l’hôpital de Jolimont.

Entre 10% et 18% des 45.000 médecins exerçant en Belgique sont menacés de burn-out à en croire plusieurs études récentes sur le sujet. François-Xavier Lens souligne aussi le manque de préparation du monde médical aux jeunes médecins : « Il y a des médecins qui, une fois terminée leur formation, se rendent compte que ce métier n’est pas fait pour eux. Aujourd’hui, nous voulons tous une certaine qualité de vie. La médecine d’urgence exige beaucoup de flexibilité. Il est donc difficile d’accorder les deux ». Bref, travailler au sein d’un service d’urgence demande des sacrifices. Les infirmiers sont également soumis à ce stress et à ce risque de fatigue professionnelle.

Pénurie de généralistes

Ces dernières années, de plus en plus de personnes viennent aux urgences pour se faire soigner. Régulièrement, il s’agit de petits bobos ou mauvaises grippes. Les urgentistes doivent faire un tri entre ceux qui nécessitent des soins immédiats et ceux qui peuvent encore attendre quelque peu.

Pour les médecins, infirmiers et personnels administratifs que nous avons rencontrés, le manque de médecins généralistes pousse les malades à franchir les portes des urgences. « Il n’y a pas assez de médecins traitants », nous explique l’un des travailleurs chargés de l’accueil des patients et de la gestion de la salle d’attente. François Xavier Lens confirme aussi cette difficulté : « Nous sommes un service où les gens ne viennent pas sur rendez-vous. Cela génère un stress supplémentaire pour le patient, notamment par rapport au temps d’attente. Un stress qui se transforme parfois en une certaine forme d’agressivité ».

L’une des réponses du fédéral et de la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld) est la réforme des réseaux hospitaliers. D’ici l’horizon 2020, tous les hôpitaux seront organisés en réseaux (vingt-cinq au total) et en fonction de leur pôle de compétences. L’idée est de rationaliser l’offre hospitalière en encourageant les collaborations entre sites hospitaliers. Autant dire que cette logique de « réseau » ne plaît pas à tout le monde. La concurrence est très rude dans le monde médical.

Manque d’urgentistes et infirmiers

Davantage de patients à soigner, des horaires particuliers : la difficulté supplémentaire pour les hôpitaux est d’engager du personnel médical. Par exemple, il est, souvent, très compliqué d’engager un médecin urgentiste. « Ce n’est pas tous les jours facile d’engager, car il n’y a pas une pléthore de médecins disponibles sur le marché. Il faut donc s’y prendre à l’avance pour planifier le recrutement du personnel soignant », explique François-Xavier Lens.

Il est également plus difficile d’engager des infirmiers, comme le souligne Eric Husson, le chef infirmier : « J’ai commencé à travailler dans ce service il y a une dizaine d’années. Le nombre de patients a augmenté. La lourdeur administrative a augmenté. Néanmoins, les équipes d’infirmiers n’ont pas augmenté de la même manière. Les directions des hôpitaux peuvent entendre nos arguments mais il y a toujours un décalage ».

Concernant cet engagement d’infirmiers, l’un des freins majeurs pour les directions des hôpitaux est le cadre légal qui n’a pratiquement pas changé depuis ces vingt dernières années. Cela les empêche notamment d’engager davantage de personnel soignant. De plus, cette année avec l’allongement de leurs années d’étude, près de 2000 étudiants ne seront pas diplômés.

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