Il y a quelque chose de changé au Royaume de Belgique (temporairement)

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Inimaginable il y a 10 jours encore…

Cette semaine aura vu Laurette Onkelinx et Elio Di Rupo applaudir un discours politique et un train de mesures présentées par Charles Michel et La Marseillaise fut jouée au Parlement à l’ occasion de la Fête du Roi… même le RWF, dans ses rêves les plus fous, n’aurait pas osé l’imaginer !

Union nationale… quoique

Sur le plan politique et médiatique, les attentats du vendredi 13 ont vite tourné à une guéguerre franco-belge sur le laxisme présumé des uns et des autres. En Belgique, cela s’est transformé en une dénonciation de la gestion socialiste de l’émigration à Molenbeek. Si au MR (associé de longues années à Philippe Moureaux à la gestion de la commune bruxelloise) le ton a rapidement changé pour la jouer " responsabilité collective ", la N-VA ne pouvait rater l’occasion de fustiger ces " socialistes laxistes qui ont laissé monter le radicalisme par opportunisme électoral… ", jetant un voile pudique sur les djihadistes partis d’Anvers, Malines ou Vilvorde ou les méfaits (condamnés en justice) du prédicateur anversois Fouad Belkacem.

La responsabilité est collective au niveau du pays, une notion qui indispose à double titre les nationalistes flamands.

Face à cela, Charles Michel a tenu en quelque sorte à repréciser ce que devait être l’action de son gouvernement et donc de sa majorité en la matière : Nous sommes fiers des valeurs universelles que nous incarnons. Nous ne choisirons pas entre le droit à la sécurité et l’exercice des libertés. Nous voulons l’un et l’autre. Nous voulons l’un pour l’autre. Il y aura d’autres menaces, d’autres attaques, d’autres souffrances. Nous ne céderons ni à la panique, ni aux divisions, ni aux amalgames, ni à l’esprit de vengeance.

Nous allons agir avec dignité et avec une implacable volonté.

Nous allons porter haut nos valeurs universelles. Celles des Lumières et des Droits de l’Homme.

Nous sommes debout et nous allons avancer, a-t-il conclu, usant de ce nous rassembleur, se plaçant au-dessus de toutes les parties.

Des mesures sensibles

Le Premier Ministre a privilégié le consensus, se limitant intelligemment à fixer des objectifs auxquels tout le monde peut souscrire. Sa coalition se voulait de " rupture ", il se veut à présent rassembleur.

Il y aura des divergences sur les mesures. Au sein même du gouvernement, on reconnaissait qu’il restait plusieurs vérifications à effectuer, notamment sur le plan juridique ou constitutionnel.

Faire passer la garde à vue de 24 à 72h demande la révision de l’article 12 de la Constitution, qui n’est pas soumis à révision ; dans un état de droit, il ne saurait être question qu’une personne valse automatiquement en prison sans décision de justice ; le contrôle des bracelets électroniques est du ressort des Communautés ; etc…

D’aucuns ont pu reprocher au Premier Ministre de ne pas avoir évoqué un volet social ou préventif dans ses mesures ; en Belgique, la prévention (qu’elle soit sociale ou médicale) est du ressort des Communautés et Régions). Charles Michel s’engage à se concerter avec les cinq ministres-présidents du Royaume pour un plan d’action cohérent.

Et chez nous, mettre des gouvernements de couleurs et de langues différentes, cela peut prendre du temps et de l’énergie…

 

@PhWalkowiak

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