"Hrach", une campagne pour libérer les cheveux: esthétique rime avec politique

"Hrach is beautiful" c'est le nom d'une nouvelle campagne pour libérer les cheveux du  diktat du lissage. Un sujet moins superficiel qu’il n’y paraît. En France, Yassin Alami, prof d’histoire-géo souhaite construire une réflexion autour du rapport des Nord-Africains avec leurs cheveux : lissage, défrisage et autres coiffures de ce type relèveraient d’une forme d’oppression. La cofondatrice de la campagne, Samia Saadani, sociologue explique que "Hrach" est un mot qui désigne de manière péjorative les cheveux de la plupart des nord-africains qui sont plutôt frisés, crépus, bouclés.  En lançant cette campagne "hrach is beautiful", ils ont voulu renverser ce stigmate et en faire une fierté, après avoir mené une vaste enquête sur les réseaux sociaux.  Ce n’est pas une question à prendre à la légère. Que ce soit la couleur de peau ou le type de cheveu, cela fait partie des représentations, des constructions identitaires. 

Ce mouvement se revendique d’un autre courant, le Nappy qui est la contraction de "natural and happy" – naturel et heureux. Ici les afro descendantes revendiquent leurs cheveux d’origine sans les défriser, sans les tisser avec des cheveux lisses pour ressembler aux Occidentales. Ce mouvement constitue le prolongement du courant Black is Beautiful, lancé en 1962 depuis Harlem. Une révolte esthétique et politique incarné par Angela Davis qui milite pour les droits civiques et porte des cheveux crépus bouffants – la coupe afro. Le mouvement nappy est symboliquement lié aux mouvements politiques comme les Black Panthers. Ces années-là, un vaste courant pour la réhabilitation de la culture africaine et afro-américaine se développe aux Etats-Unis, tandis que l’Afrique se décolonialise. Dans une société dominée par les canons de la beauté blanche, il devint impératif pour les Afro-Américains de créer leurs propres canons de beauté, de se sentir fiers. 

La plupart des Noirs "naturels et heureux" disent trouver plus difficilement du travail dans nos sociétés occidentales parce que leur coiffure est encore perçue comme "négligée". Malgré ce dynamisme créatif, la norme reste celle de la dénaturation. Pour les femmes et les hommes non-blancs exclus des normes mainstream de beauté, la conquête de la beauté revêt donc un sens politique. Il s’agit non seulement d’être pris en compte dans notre société, mais aussi de voir ses caractéristiques respectées et valorisées. Débat intéressant qui pose la question de cette hiérarchie capillaire qui finalement évoque encore des rapports inégalitaires.  C’est pour cela que toucher par exemple, les cheveux crépus sans permission peut être perçu comme une micro agression, c’est un peu ramener la personne au statut d’animal exotique ou d’enfant docile. Sur Twitter le hashtag #donttouchmyhair est très populaire. Musique, littérature, études sociologiques, le sujet est vaste et bien moins anecdotique qu’on ne pense.

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