Houellebecq plane sur la campagne

Houellebecq plane sur la campagne
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On vit une fin de campagne houellebecquienne. On vit une atmosphère de déclin, de peurs, de nihilisme identitaire, de cynisme, tous les ingrédients au cœur de son roman « Soumission » qui imaginait un islamiste devenir Président français. Depuis les polémiques liées au tract de Zoé Genot (désavouée par Ecolo), puis la lettre d’Emir Kir (qui lui n’est pas désavoué par le PS), on est y est dans Houellebecq. Avec Theo Francken qui promet des tsunamis de migrants si les verts montent au pouvoir, on y est dans Houellebecq. Avec Bart De Wever qui assume les rafles de migrants par la police sous les rires des militants N-VA, on y est encore avec les sondages qui pointent très haut le Vlaams Belang, on y est toujours.

Une fin de campagne houellebecquienne, c’est une fin de campagne dominée, comme dans d’autres pays d’Europe, par l’idée d’une « reconquête identitaire ». Bart De Wever est un grand lecteur de Houellebecq. Il y reconnaît un témoin de notre époque. Il a construit le récit de la N-VA comme celui d’une résistance au déclin annoncé inéluctable de l’Occident. Une résistance au relativisme identitaire qui passe par une vision très fermée de l’immigration et de l’intégration. Une résistance au déclin économique aussi, ce qui passe par un discours techno optimiste et ouvertement capitaliste. Bart De Wever dont le cynisme cache mal, comme chez Houellebecq d’ailleurs, une nostalgie romantique, celle du temps où l’Occident dominait grâce à la puissance de ses nations, de ses industries et sa culture. C’est parce que la crainte du déclin civilisationnel est profonde chez nos contemporains que Houellebecq a cartonné en libraire. Et c’est pour ça aussi que la campagne n’y échappe pas. Qu’on le veuille ou non.

Déclin contre déclin

Ce n’est évidemment pas le seul récit qui triomphe. Il est en concurrence avec un autre depuis le début de cette campagne. Un récit qui est lui aussi construit sur une peur du déclin. Une peur de la disparition. C’est celui de l’écologie politique qui porte sur le déclin climatique, le déclin de la biodiversité, la destruction de l’environnement. Un récit construit sur la longueur, qui est désormais prégnante, indépassable pour une bonne partie de la population.

Il n’a évidemment pas disparu celui-là. Ils se concurrencent depuis des années. Cette dernière semaine de campagne résume cette lutte des récits, la lutte des catastrophismes et des déclins annoncés qui a marqué toute l’année électorale. Entre le pacte de Marrakech, les marches pour le climat, Schild and Vrienden et Raoni, nous vivons entre ces deux déclins, ces deux peurs et ces deux propositions très différentes pour en sortir. Nous vivons une campagne en miroir. Et les deux récits s’accusent tous les deux de fantasmer et de jouer sur des peurs irrationnelles.

Les autres grands récits politiques doivent s’adapter pour survivre. La lutte des classes, le personnalisme chrétien, l’ordre spontané du marché ont dû s’adapter, sans se perdre. Ils n’ont pas disparu, loin de là, mais ils se sont effacés. Ça aussi c’est l’autre conséquence de la campagne.

Au fond, cette dernière semaine nous oblige à nous poser la bonne question que tout citoyen doit se poser avant d’entrer dans l’isoloir : quel est le défi principal de notre époque ? Après cet examen, il nous reste à nous demander ce qui est juste de faire pour le relever. Le philosophe Raymond Aron nous a donné un petit conseil pour avancer dans cette démarche complexe : « Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable ».

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