"Gueule d'ange", Marion Cotillard fait sa Loana

Marion Cotillard dans "Gueule d'ange"
2 images
Marion Cotillard dans "Gueule d'ange" - © DR

Marion Cotillard, comme chaque année, était au Festival de Cannes, mais pas en compétition cette fois. Elle venait défendre dans la section parallèle "Un certain regard" un premier long-métrage, "Gueule d’ange" de Vanessa Filho.

"Gueule d’ange", c’est le surnom que Marlène donne à sa fille de huit ans. Marlène, c’est une cagole, une bimbo de la Côte d’Azur, qui s’étourdit dans les fêtes et dans l’alcool pour tenter d’oublier son quotidien assez misérable. Marion Cotillard est très juste dans ce rôle de fille-mère irresponsable et cyclothymique, qui ruse avec les services sociaux pour éviter qu’on la prive de la garde de sa fille. Le problème du film n’est pas dans l’interprétation (la jeune Ayline Aksoy-Etaix, sans crever l’écran, ne démérite pas), mais dans le scénario : à partir du moment où la fillette est livrée à elle-même, le film fait du surplace, comme si la réalisatrice Vanessa Filho ne savait pas trop quelle direction prendre. L’émotion du spectateur fait alors place à une certaine perplexité mêlée d’ennui.

"Gueule d’ange" est symptomatique d’une certaine tendance du cinéma d’auteur français actuel qui, à force de privilégier les ambiances et les portraits impressionnistes, négligent de consolider leur intrigue. Négligence funeste.

Bécassine

Faut-il encore présenter Bécassine, cette brave et naïve Bretonne née dans les pages du journal "La Semaine de Suzette" en 1905 sous la plume du dessinateur Joseph Pinchon ? Ancêtre de la bande dessinée moderne (il s’agissait de dessins avec des légendes, et pas des bulles), "Bécassine" fait partie du patrimoine graphique français.

Bruno Podalydès, qui s’amuse parfois à revisiter des classiques ("Le mystère de la chambre jaune" de Gaston Leroux) s’attaque donc aux exploits de Bécassine. Il a pioché dans les différents albums pour composer un scénario de son cru, et avec toute une bande – des fidèles comme son frère Denis ou Michel Vuillermoz, des nouveaux venus comme Karin Viard ou Josiane Balasko -, il tente de recréer à l’écran le charme désuet des livres illustrés. L’entreprise pouvait-elle réussir, ou était-elle vouée à l’échec ? On s’interroge en soupirant devant ce long-métrage au rythme languissant et aux gags poussifs et surlignés. Où donc est passé le Bruno Podalydès délicieux des débuts, de "Versailles rive gauche" et de "Dieu seul me voit" ? Sa juvénile et séduisante désinvolture semble avoir cédé la place à une pénible autosatisfaction (c’est surtout visible quand ce réalisateur fait l’acteur et se gargarise en permanence de sa performance). "Bécassine" ? Un supplice !

Beast (Jersey affair)

Sur l’île de Jersey, Moll est le vilain petit canard de sa famille : sujette à des crises de violence, elle vit sous la coupe de sa mère autoritaire. Un soir, à la faveur d’une fête d’anniversaire, la jeune fille s’éclipse pour sortir en boîte et rencontre Pascal, un braconnier un peu fruste mais très charismatique. Entre Moll et le jeune homme, une idylle se dessine… Mais un soupçon plane : et si Pascal était ce serial killer qui sévit sur l’île ? C’est en tous cas la conviction de la police locale, qui le surveille de très près.

Le réalisateur Michael Pearce mêle habilement thriller et love story dans "Beast", qui retrouve ici des accents hitchcockiens (on se souvient de deux joyaux du maître du suspense, "Soupçons" avec Cary Grant et "L’ombre d’un doute" avec Joseph Cotten). Il est soutenu par un excellent duo de jeunes acteurs, Jessie Buckley et Johnny Flynn. Ambigu, intrigant, riche en surprises, "Beast" est la bonne surprise de la semaine.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK