Gouvernance wallonne: plus de réformes pour moins de réformes

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le Parlement de Wallonie est certainement l’instance politique belge qui a le plus œuvré à lutter contre le cumul des mandats mais il n’en reste pas moins que ce Parlement donne toujours l’image que c’est à Namur que ce cumul pose le plus de problèmes. C’est injuste et paradoxal. Mais c’est comme ça. La faute aux parlementaires wallons eux-mêmes qui à force d’errements, de revirements, de tortillements et de non-dits finissent par donner l’impression contraire à celle recherchée.

L’ombre des présidents de parti

Tout partait pourtant d’un bon sentiment. Le président du Parlement, l’actif André Antoine portait en début de législature sur les fonts baptismaux une Commission du Renouveau Politique chargée de débattre, de proposer des réformes pouvant améliorer le fonctionnement démocratique en Wallonie. André Antoine a sans doute des défauts mais son volontarisme aurait pu être salutaire. La Commission s’est rapidement enlisée, se réunissant de loin en loin. Ensuite, les affaires sont passées par là. Le changement brutal de majorité aura achevé les dernières velléités.

De plus, il est rapidement apparu que les réformes allaient être débattues, bien loin des salles de commission où les réunions sont publiques ; le marchandage entre les présidents de parti s’est opéré dans la discrétion. Une première salve de réformes a été décidées par PS-cdH et MR (une majorité des 2/3 est indispensable pour ces matières). Les députés n’avaient plus qu’à avaliser des décisions prises ailleurs.

Dans le système belge, ce genre de débat est confisqué par les présidents des formations politiques. Il en va de même des réformes de l’Etat ou des dossiers sensibles. La Belgique reste une particratie.

Le ressort des affaires

Publifin a fait des ravages dans la pratique politique wallonne. Les pratiques éthiquement douteuses ont remis beaucoup d’éléments (pourtant parfaitement légaux) en cause ; il fallait subitement, comme souvent lors des crises institutionnelles, laver plus blanc que blanc. Chasse aux cumuls et aux privilèges. Plutôt que de se mettre sereinement autour d’une table, ce fut plutôt la surenchère des vraies fausses bonnes idées. Ce moment d’exaltation passé, chacun a commencé à s’inquiéter de l’impact pour nos chers élus. Paul Magnette a été mis en minorité au PS sur le décumul intégral, le cdH vote aujourd’hui contre des propositions approuvées hier et au MR, on a même entendu un député dire que les femmes étaient à présent suffisamment représentées… dans une commission où elles sont cinq sur vingt-quatre.

Le donnant-donnant habituel a repris, chacun accusant souvent l’autre de ses propres turpitudes. La nouvelle gouvernance est sans doute réelle mais elle est tellement erratique qu’elle devient incompréhensible et donc inconnue du citoyen, qui ne pourra se détacher encore un peu plus de la politique.

Ou comment des intentions louables risquent de provoquer l’effet inverse de celui recherché …

 

@PhWalkowiak