"Get out", un mélange de genres qui fait mouche

Get Out, un film réalisé par Jordan Peele
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Get Out, un film réalisé par Jordan Peele - © DR

Get out

C’est LE succès-surprise du début d’année aux USA : thriller à petit budget (grosso modo 5 millions de dollars), sans star au générique, "Get out" s’est hissé à sa sortie en février à la première place du box-office et totalise aujourd’hui près de 200 millions de dollars de recettes… Un triomphe pour son jeune réalisateur métis Jordan Peele qui signe là son premier film.

Après un prologue mystérieux – le rapt d’un jeune Noir, un soir dans un quartier résidentiel -, "Get out" démarre comme une aimable comédie romantique. Rose, jeune "WASP" et Chris, "afro-american", filent le parfait amour depuis plusieurs mois. La jeune fille veut emmener son boyfriend en week-end à la campagne pour le présenter à ses parents. Chris est circonspect : "Tu leur as dit que tu sors avec un Noir ?" Rose : "Non, mais arrête de t’inquiéter, mes parents sont hypercools…" Arrivé sur place, Chris se rend compte que sa fiancée a dit vrai ; ses parents l’accueillent avec chaleur. Mais le jeune homme ressent un malaise : pourquoi ceux-ci emploient-ils deux domestiques noirs ? Et pourquoi ceux-ci sont-ils si peu amènes à son égard ? Pendant tout le week-end, le malaise va aller en grandissant…

Avec "Get out", Jordan Peele réussit un double mélange de genres. D’abord il parvient à faire rire et peur en même temps – comme, en son temps, Wes Craven avec "Scream" -. Ensuite il ose marier drame racial et film d’horreur ; comme s’il rendait hommage à la fois à "Devine qui vient dîner" de Stanley Kramer (qui abordait pour la première fois la question du mariage mixte dans un film hollywoodien) et à "Rosemary’s baby" de Roman Polanski (qui abordait le genre "épouvante" sous un angle essentiellement psychologique et allusif). Avec son scénario culotté et original, le jeune réalisateur réussit à la fois à tenir son public en haleine et à le faire réfléchir grâce à une allégorie très contemporaine sur l’hypocrisie de la société américaine.

Mon Ange

La femme d’un prestidigitateur donne naissance à un petit garçon invisible, qu’elle appelle "mon ange". En grandissant, le garçon tombe amoureux d’une jeune voisine, Madeleine. Celle-ci, aveugle, ne devine pas le handicap de Mon Ange, et l’amour devient réciproque. Mais lorsque Madeleine part pour tenter une opération qui devrait lui rendre la vue, Mon Ange redoute la fin de leur belle histoire…

"Mon ange" est produit par Jaco Van Dormael, réalisé par un de ses complices, Harry Cleven, auteur du scénario avec Thomas Gunzig (qui avait travaillé sur "Le Tout Nouveau Testament"), tandis que la direction photo est assurée par la fille de Jaco, Juliette Van Dormael.

Le début du film distille un peu du charme enfantin qui a fait le succès de "Toto le Héros". Mais très vite, ce charme s’évanouit. Parce qu’il n’y a pas l’humour de Jaco dans "Mon ange" : Harry Cleven, à travers une mise en scène maniérée, veut imposer au forceps une poésie romantique qui ne tient pas la distance, car le fil du scénario est décidément trop mince. Autrement dit, "Mon Ange" aurait peut-être fourni matière à un séduisant court-métrage ; étalé sur 80 minutes, le film devient, à la longue, terriblement monotone et agaçant.

Cessez-le-feu

Le film s’ouvre avec une scène de boucherie dans une tranchée en pleine Guerre 14-18: Georges (Romain Duris), capitaine français, voit ses compagnons décimés autour de lui… On le retrouve ensuite en 1923 en Haute-Volta (l’ancien nom du Burkina Faso), Georges a décidé de bourlinguer en Afrique pour tenter d’oublier les horreurs du front. De retour à Nantes, il retrouve sa mère et son frère Marcel (Grégory Gadebois), rendu complètement mutique depuis son retour du combat. Georges s’interroge : comment aider Marcel à surmonter son traumatisme ?

Emmanuel Courcol (jusqu’ici scénariste, collaborateur de Philippe Lioret sur "Welcome" et "Je vais bien, ne t’en fais pas") passe derrière la caméra pour ce film qui entend embrasser un thème crucial : l’après Grande Guerre. Ses intentions sont claires, sa reconstitution d’époque séduisante, son casting convaincant. Comment expliquer alors que "Cessez-le-feu" ne passionne guère ? Étonnamment, ce film de scénariste pèche par… son scénario : l’épisode africain est inutilement long, les retrouvailles des deux frères en France manquent d’émotion et de densité. Dommage, car sur le papier, il y avait matière à un drame beaucoup plus mémorable.

Félicité

Félicité chante le soir dans les bars de Kinshasa. Elle élève seul son fils de quatorze ans. Un jour, le drame survient : son garçon est renversé par une moto, ses fractures nécessitent une opération coûteuse. Félicité tente alors tant bien que mal de réunir la somme qui pourrait sauver son fils…

Le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis dresse un portrait de femme dans le Congo d’aujourd’hui. Mais au lieu de choisir la fluidité dans sa narration, il opte pour des effets de style inutiles. Son récit s’égare dans des scènes d’ambiance dans la ville congolaise, est entrecoupé par des scènes musicales hors-sujet – l’orchestre philharmonique de Kinshasa interprétant "Fratres" d’Arvo Pärt -, s’étire en longueur (deux heures pour raconter si peu de choses, c’est trrrrès long). Comment ce pensum poseur et prétentieux a-t-il décroché le Grand Prix du Jury à Berlin ? Mystère. Décidément, après Cannes l’an dernier, les palmarès des grands festivals deviennent de plus en plus opaques.

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