Fuites d'examens: "Il faudra changer radicalement le système"

Les questions de Mise au Point n'avaient pas fuité.
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Les questions de Mise au Point n'avaient pas fuité. - © Pierre Kroll

Elèves, profs, parents et la ministre de l’Education ont vécu une semaine d’enfer. Des fuites des questionnaires de trois épreuves d'examen ont entraîné leur annulation. Mise au Point revenait sur le dossier ce dimanche : tous les invités de Baudoin Remy, majorité et opposition, enseignants et parents, s'accordent à dire qu'il faut maintenir le système mais l'améliorer.

La ministre de l'Education cdH Joëlle Milquet est en colère : on est face à "des comportements irresponsables", on a créé, selon elle, un "chaos" mais "on a bien géré", dit-elle.

 

Ce n'est pas tout à fait l'avis de Françoise Bertiaux (MR) : il fallait annuler. "C'était la seule solution", mais la crise a été mal gérée pour la cheffe de groupe MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L'annulation était nécessaire, estiment aussi Etienne Michel, directeur général du Secrétariat général de l’Enseignement catholique, Raphaël Van Breugel, directeur du collège Saint-Hubert à Watermael-Boitsfort et Luc Pirson de la Fédération des associations de parents de l’Enseignement officiel, question d'équité.

Des enquêtes sont en cours, précise la ministre. Plainte a été déposée au pénal, car le secret professionnel a été violé. Deux plaintes disciplinaire ont été ouvertes. Joëlle Milquet parle d'une série d'acteurs potentiellement responsables, sans dévoiler leur identité.

 

Le système des épreuves externes sous le feu

Le système d'évaluation externe n'a pas toujours été apprécié par le corps enseignants, certains lui reprochant un nivellement par le bas, car réputé facile pour les écoles de haut niveau.

Rudy Demotte (PS) qui a parlé d'"incontinence" face à la multiplicité des fuites estime que le système doit malgré tout être maintenu. Il n'est pas le seul à soupçonner un sabotage : la MR Françoise Bertiaux le rejoint sur ce point et s'interroge sur la façon de sécuriser le système.

Etienne Michel, directeur général du Secrétariat général de l’Enseignement catholique, note que cette année était un tournant : c'est la première année que les évaluations externes étaient obligatoires en fin d'enseignement secondaire "où les élèves de 17 ans sont beaucoup plus familiarisés avec Facebook que les élèves du primaires". Il fallait donc être beaucoup plus vigilant, dit-il.

Il explique aussi que des rumeurs de fuites des questions d'examens d'étude du milieu, un examen interne à l'enseignement catholique, l'ont conduit à mettre au point un questionnaire bis, qui lui n'a pas fuité.

 

Amateurisme

Directeur d'école à Bruxelles, Raphaël Van Breugel, qualifie le système de "sympathique" mais d'"un peu amateur", en expliquant que la distribution devrait faire l'objet de plus de surveillance. "On peut le faire pour une autre école". "Parfois on envoie le concierge"...

Joëlle Milquet en convient : "Il faudra changer radicalement le système" pour plus le sécuriser. "Les délais (de distribution des questions) sont trop longs", reconnaît-elle. La ministre évoque un système "plus précis", avec des épreuves en double ou en triple, numériques. Une commission parlementaire se penchera là-dessus.

Pour Rudy Demotte, il faudra maintenir ce mode d'évaluation, pour l'élève et pour l'école, mais il faudra "à coup sûr l'améliorer", faire évoluer les épreuves notamment point de vue du contenu, en mettant plus l'accent sur les compétences.

Barbara Trachte, députée Ecolo au Parlement de Fédération Wallonie-Bruxelles, s'interroge sur la multiplication des épreuves externes à 12, 14, 16, 18 ans, qui entraîne autant de moments de bachotage et de stress.

Etienne Michel, directeur général du Secrétariat général de l’Enseignement catholique, prône enfin une simplification du système pour l'améliorer.

Recours possibles

Des recours contre les décisions des conseils de classe qui statueront sur la réussite des élèves dont les examens ont du être annulés sont toujours possibles, principalement pour les élèves dits "sprinters", en ballottage, mais qui espéraient donner un coup de collier en juin et voient donc leur dernière chance de réussite s'évanouir.

Certaines écoles ont prévu des examens supplémentaires (comme l'examen de science dans le réseau libre), d'autres pas. Différentes solutions comme des nouvelles moutures d'examen ont aussi été utilisées dans le réseau public, ajoute Luc Pirson de la Fédération des associations de parents de l’Enseignement officiel.

Le recours est un droit, rappelle Françoise Bertiaux. Majorité et opposition ont en tout cas "blindé" le texte, ce dont Rudy Demotte se félicite.

Mais toute décision du conseil de classe pourra être attaquée juridiquement, redit la ministre de l'Education.

@jfherbecq

Pour débattre Baudouin Remy avait invité :

Joëlle Milquet – cdH Ministre de l’Enseignement

Raphaël Van Breugel, directeur du collège Saint-Hubert à Watermael-Boitsfort

Rudy Demotte – PS – Ministre Président du gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles

Barbara Trachte – Ecolo – députée Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles

Françoise Bertiaux – Cheffe de groupe MR – Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles

Luc Pirson – Fédération des associations de parents de l’Enseignement officiel

Etienne Michel – Directeur général du Secrétariat général de l’Enseignement catholique

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