Fred Krugger, créateur de motos d'exception - La Belge histoire dans 7 à la Une

Frédéric Bertrand, alias Fred Krugger, construit des motos d'exception depuis plus de quinze ans dans son petit atelier de Basse-Bodeux près de Spa. Un véritable orfèvre de la mécanique et de la carrosserie qui construit seul des modèles uniques qui se vendent partout dans le monde. Son succès est international. C'est la Belge histoire de ce samedi dans 7 à la Une, à l'occasion du salon de l'auto.

Succès international

Les créations du Belge de 48 ans font la une de la presse spécialisée depuis des années. Italie, Suède, Etats-Unis... Tous font l'éloge de cet amoureux des deux roues. Chacun de ses engins est unique et a sa propre histoire. Comme une petite japonaise en hommage aux victimes de Fukushima, un impressionnant modèle aux finitions en argent en collaboration avec deux bijoutiers anversois, ou encore une moto au look rétro construite pour le célèbre acteur hollywoodien Brad Pitt.

En tout, une quinzaine de bolides dont plusieurs ont remporté de prestigieux concours. "J'ai remporté les championnats du monde constructeur en 2010, explique Fred Krugger, c'était mon premier titre mondial. Il faut savoir que j'ai participé aux championnats du monde sept fois, et j'ai été six fois sur le podium".

Atelier au calme

Et ce succès international est né au cœur de la campagne ardennaise, dans le petit village de Basse-Bodeux. Dans son atelier à quelques kilomètres de Spa, Fred travaille dans le calme, l'ordre et la sérénité. Ses bécanes, il les construit de A à Z, entièrement à la main.

Il faut dire qu'à 4 ans, il monte sur sa première moto, participe à sa première compétition à 8 ans et après une formation en carrosserie il passe des années sur les circuits. Ces techniques de construction à l'ancienne, il les a aussi apprises, pour une bonne part, en autodidacte.

"Je dis toujours que je suis un bon bricoleur, nous confie Fred. Je ne maîtrise pas à 100% toutes les différentes techniques, mais je touche à tout. Tout ce qui est travaux de tôleries, il faut avoir certaines bases, mais il faut impérativement les pratiquer, c'est la seule façon de comprendre, de bien imaginer comment va réagir la tôle. C'est uniquement de l'expérience".

Travail d'orfèvre

Fred Krugger est un perfectionniste. Le secret de son succès réside sans doute dans ce soucis du détail et dans le travail acharné qu'il abat sans compter. Tel un orfèvre, il passe jusqu'à 10 heures par jour devant son établi pour construire pièces par pièces ses créations.

"Chaque petit détail a son importance, même s'il n'est pas visible, précise-t-il. Même si c'est une pièce que vous allez devoir démonter et la retourner pour voir comment c'est réalisé en-dessous, ce sera tout aussi bien fini en-dessous qu'au-dessus. J'ai l'anxiété de me dire que le mécanicien qui passera éventuellement après pour entretenir le véhicule risquerait de trouver quelque chose qui ne serait pas vraiment abouti à 100%. Ca m'angoisse donc je fais vraiment tout le plus parfaitement possible".

De 2 à 4 roues

Une précision qu'il met en ce moment au service de la construction d'une voiture d'exception. Financé par deux riches entrepreneurs liégeois, François Fornieri et André Dupont, ce véhicule de prestige dont l'aspect final reste un mystère est au croisement de la mécanique et de l’œuvre d'art.

"J'avais envie de réinterpréter les glorieuses années d'avant-guerre, les premiers vrais véhicules de course avec de grosses motorisations, de gros moteurs performants, explique Fred. J'ai pour une fois dessiné un petit quelque chose, fait quelques esquisses, j'ai proposé le projet et ils m'ont donné le feu vert, ils m'ont donné carte blanche".

Fred Krugger s'est lancé en avril 2017 et devrait livrer la voiture fin de cette année. 10.000 heures de travail, toujours en solitaire. Un projet de longue haleine. Mais le passionné tient bon: "Ici, j'apprécie beaucoup plus parce que je suis plutôt sur du travail de détail. Quand le détail est optimal, je peux passer au suivant. Si j'ai un petit coup de barre, je regarde ce que j'ai fait et ça me remotive. C'est un peu mon process à l'heure actuelle pour toujours rester au taquet".

Marché du luxe

Le prix exact de ce véhicule exclusif reste confidentiel... Probablement plusieurs centaines de milliers d'euros. Le constructeur indépendant s'inscrit clairement dans le domaine du luxe. Son savoir-faire se paye.

"Quand on donne le prix, ça paraît très cher, mais ce n'est pas fabriqué sur une semaine, explique Fred Krugger. C'est aussi un peu considéré comme un objet d'art sur lequel il y a une spéculation qui se fait vu l'exclusivité du produit. Donc c'est aussi pour certains un bon investissement. Pour moi peu importe, ce qui m'intéresse c'est d'avoir le budget nécessaire pour faire un travail qui est qualitatif et qui est hors du commun".

Customisation pour grandes marques

Ces dernières années, de grandes marques viennent aussi le chercher. BMW, Ducati ou la dernière en date, Triumph. Quand un nouveau modèle sort, on lui confie un exemplaire à customiser pour faire de la promotion.

"Ici le réservoir a été rabaissé de 4 cm, j'ai changé les jantes, j'ai relocalisé les caches différemment et j'ai fabriqué un garde-boue différent, détaille le mécano. Le petit clin d’œil ici évidemment c'est le 'Bobber Basse-Bodeux' parce que nous y sommes. Je pense que les marques ne sont pas contre le fait de s'attirer un petit capital sympathie supplémentaire". Et quand on lui demande si ce type de collaboration a un effet sur les ventes, la réponse est claire: "S'ils reviennent chaque année, j'ose croire que ce n'est pas pour rien", ajoute Fred en souriant.

Attaché à ses racines

Ce succès lui a offert de nombreuses opportunités, notamment aux États-Unis où il est une véritable star. Mais pour lui, pas question de s'expatrier.

"Aux USA vous devez travailler tout le temps avec les médias donc vous ne passez plus votre temps à être dans l'atelier, vous passer votre temps à faire semblant de travailler, confie-t-il. Et ce qui vous rémunère ce sont les factures et le sponsoring inhérent à tout ce qui est télévisuel. Moi, ce n'est pas du tout mon état d'esprit. J'ai vraiment envie de créer, d'être le plus créatif possible".

Sa dernière moto sera exposée au Heysel pendant toute la durée du salon de l'auto. Fred, lui, retrouvera vite l'anonymat et la tranquillité du petit village où il est né.

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