Francken ou les limites d'une politique

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

L’affaire enfle chaque jour. A présent, il y aurait plus de 600 dossiers suspects à être passés par le cabinet Francken, en vue notamment de l’obtention d’un passeport humanitaire.

Le cabinet au centre du trafic

A la Chambre, l’actuelle détentrice du portefeuille de la Migration, Maggie De Block, a bien confirmé qu’un membre du cabinet de Theo Francken aurait contribué à l’obtention contre pots-de-vin de visas humanitaires. Le nom de ce cadre N-VA se retrouverait dans plus de 200 dossiers.

Une association proche des migrants syrien a rappelé qu’elle avait déjà fait état, il y a plusieurs mois, de soupçons de fraude autour du cabinet du secrétaire d’état N-VA. Les partenaires fédéraux, jusqu’il y a peu, de la N-VA ne peuvent que se limiter à dire qu’ils vont faire toute la clarté. Le principal intéressé (et réelle cible de l’opposition) ne peut venir s’expliquer officiellement, puisqu’il a démissionné depuis un mois. Theo Francken est sur la sellette et il ne doit pas s’attendre à beaucoup de commisération.

La N-VA entend limiter la fraude au cas particulier d’un simple membre de cabinet (quitte à admettre le manque de discernement de l’un de ses principaux fers de lance électoraux). Ce qui reste du gouvernement fédéral espère circonscrire cela à la seule N-VA. Mais il est clair désormais que ce dossier pèsera dans la campagne électorale.

Mains libres

Comme dans toutes les affaires similaires, si Theo Francken n’est à ce stade, pas coupable, il est indéniable qu’il est le responsable politique de cette fraude organisée au sein de son cabinet. De plus, cette fraude résulte de la volonté de l’ex-secrétaire d’état à choisir lui-même qui bénéficiera d’un visa humanitaire. Il revendique ce pouvoir discrétionnaire, sans même en référer au reste du gouvernement ! L’attaché de cabinet actuellement sous mandat d’arrêt pour trafic d’êtres humains, organisation criminelle, corruption passive et extorsion (excusez du peu !) signale qu’il a lui-même averti le cabinet en juillet dernier et qu’il n’a rien touché.

Theo Francken a longtemps tempêté contre les ONG qui venaient en aide aux migrants, les traitant même de " trafiquants " ; il doit bien admettre aujourd’hui que les " trafiquants d’êtres humains " semblaient plutôt sévir au sein de son cabinet !

A ce stade, la N-VA a choisi le silence. Bart De Wever est muet.

Mais ce qui reste de l’ex-majorité peut aussi s’inquiéter. N’a-t-elle pas pendant quatre ans laissé les mains libres à un secrétaire d’état qu’il a fallu, sans que cela ne serve à pas grands, recadrer à plusieurs reprises. Theo Francken faisait le (sale ?) boulot et sa popularité arrangeait finalement tout le gouvernement. Au point que Theo Francken s’est senti libre d’agir en toute impunité ? Cela reste à déterminer.

Très justement, Charles Michel parle de faits de nature à saper la confiance dans l'État de droit et dans les institutions démocratiques qui se fonde sur la confiance dans leurs responsables. En tant que Premier Ministre, n’est-il pas le premier garant de cet Etat de droit ? N’est-ce pas l’échec d’une certaine conception de la politique migratoire ?

Il reste à faire toute la clarté et établir les responsabilités.

 

@PhWalkowiak

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