Fin de l'obligation de vote : casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Bien entendu, selon l’adage atavique de la politique " à la belge ", tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien, mais il semble effectivement que la fin de l’obligation de vote soit bien sur la table des négociateurs flamands.

Marqueur de droite ?

Bien entendu, la levée éventuelle de l’obligation de voter ne concernerait que les électeurs flamands de Flandre ou les électeurs francophones des communes à facilités situées en Flandre, et uniquement bien entendu pour les élections communales et provinciales. La future coalition créerait de facto deux catégories de Flamands : ceux obligés de voter partout, domiciliés dans les 19 communes bruxelloises et les autres.

Chez nous, le vote est obligatoire depuis l’instauration du suffrage universel plural en 1893. Obliger d’aller voter, dans l’esprit du législateur, revenait notamment à contraindre ainsi les patrons à ne pas empêcher leurs ouvriers de se rendre aux urnes. Dans les milieux catholiques, la mesure était également perçue comme un incitant pour pousser les milieux ruraux, éloignés du débat politique et des forces anarchistes ou socialistes, à aller voter malgré tout… juste après la messe !

Progressivement, l’obligation de vote est devenue l’exception en Europe. En Belgique, l’Open VLD et ensuite la N-VA militent pour la suppression de cette obligation.

En 2016, ce débat a traversé le MR. Lors d’un congrès, Georges-Louis Bouchez et Louis Michel se sont affrontés sur la question. Les militants avaient tranché, désavoué Georges-Louis Bouchez et marqué, mais à 57% " seulement ", leur soutien à un vote obligatoire.

A l’inverse, les partis socialistes tant au nord qu’au sud, ont toujours défendu l’obligation de vote.

Casser le thermomètre ?

Le dernier scrutin a entériné le recul sévère et continu des partis traditionnels, singulièrement en Flandre. La N-VA, après sa première participation fédérale, a, elle aussi, connu un net repli.

Le Vlaams Belang a été chercher son succès dans les classes populaires, moins instruites, plutôt jeunes et qui souvent se décident dans l’isoloir… précisément la population la moins encline à se déplacer en cas de scrutin !

Ceci expliquerait donc cela ?

Il faut toutefois noter que le scrutin communal reste celui pour lequel les citoyens se sentent le plus concernés et que bien souvent les noms des partis disparaissent dans des appellations locales.

Abandonner l’obligation de vote ne résoudra pas le rejet de la politique par une partie de plus en plus large de la population. Cela laisserait au contraire au bord du chemin ceux qu’il faut impérativement intégrer au grand débat démocratique. Cela revient à récuser le malaise de la représentation politique qui étreint les citoyens. Casser le thermomètre pour nier la fièvre.

 

@PhWalkowiak

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