Expo universelle de Milan : les Belges innovent... sans perdre leurs traditions

L'entrée de l'exposition universelle de Milan
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L'entrée de l'exposition universelle de Milan - © Fr. Gilain

L’exposition universelle de Milan entre dans sa dernière ligne droite. Inaugurée le 1° mai, elle fermera ses portes le 30 octobre. Et les visiteurs s’y bousculent toujours.


Le pavillon belge est particulièrement apprécié : non seulement parce qu’il propose à la dégustation bières, chocolats et frites du pays… Mais aussi parce qu’il illustre parfaitement le thème de l’expo : comment nourrir la planète avec 9 milliards d’êtres humains à l’horizon 2030 ?

Les Belges font des propositions d’agriculture urbaine, basées sur l’hydroponie et l’aquaponie. Ils proposent des alimentations à base d’insectes, ou même des techniques d’impression en 3D pour l’alimentation… Des innovations qui ne passent pas inaperçues au village de l’exposition universelle de Milan.

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Pour Milan, cette Expo est un gros enjeu

C’est la première exposition universelle après celle de Shangai en 2010. L’expo chinoise avait suscité l’engouement, elle avait drainé 79 millions de visiteurs. Difficile donc de faire aussi bien à Milan ! Surtout qu’une partie de l’opinion publique italienne estime inutile d’investir tant d’argent dans une telle manifestation.

Les autorités ont choisi un thème mobilisateur : comment nourrir la planète à l’horizon 2050. L’Italie espère des retombées en termes d’image et de relance économique du pays. Les organisateurs de l’expo misent sur 20 millions de visiteurs. Quand ils ont inauguré les 80 pavillons, le 1° mai, ils ont déclaré : "Ces 6 prochains mois, le monde va pouvoir goûter l’Italie".

Les Belges ont relevé le défi

C’est l’architecte Patrick Genard qui a mis en forme les ambitions de la Belgique sur ce thème de l’alimentation durable. Il a conçu un pavillon sur base de 3 matériaux et en jouant sur 3 volumes.

Les matériaux sont le bois, le verre et l’acier:  3 domaines d’excellence dans l’histoire économique de la Belgique. Les formes sont issues de notre belgitude aussi : une grande ferme brabançonne fait l’entrée du pavillon, elle mène par une rampe vers une cave où sont exposées des techniques d’agriculture du futur. Un escalier de verre permet de remonter à la géode, une surface sphérique qui rappelle les boules de l’Atomium… et l’expo universelle de 1958 !

Le pavillon a été construit par la société Besix, c’est la plus grande entreprise du secteur en Belgique.

Et elle a mouillé son maillot dans l’aventure, pour elle c’est une carte de visite...et une fierté nationale. Bésix a fait appel à des sociétés belges de préférence pour réaliser le chantier, avec des contraintes particulières, puisque le pavillon sera démonté en fin d’exposition. Le commissariat à l’exposition espère trouver un repreneur, comme ce fut le cas à Shanghai.

Un des grands partenaires de l’opération est la société verrière AGC (ex- Glaverbel). Ses équipes ont travaillé 2 ans et demi sur le projet avec l’architecte, elles ont conçu des panneaux photovoltaïques de dernière génération pour habiller la toiture de la ferme brabançonne et de la géode.

Ces produits ont la double fonction d’attirer la lumière pour produire de l’énergie, tout en écartant une partie du rayonnement solaires pour éviter la chaleur dans le bâtiment. Certains de ces panneaux de verre sont à peine sortis des laboratoires, ils ne sont pas encore commercialisés.

Pas moins de 300 entreprises belges ont participé à la construction et à l’aménagement du pavillon. C’est une réussite quand on voit le nombre de visiteurs qui s’y pressent : deux mille personnes sont accueillies tous les jours. Elles apprécient particulièrement le bar à bière et le coin chocolat… des spécialités belges qui classent notre pavillon parmi les plus appréciés en matière culinaire.

Les Belges ont des idées sur l’alimentation du futur

De l’avis même des organisateurs de l’exposition, le pavillon belge est un de ceux qui incarnent le mieux le thème de l’exposition : comment nourrir la planète à l’horizon 2050, quand il y aura 10 milliards d’êtres humains sur terre. Des techniques innovantes d’agriculture y sont présentées, comme l’hydroponie, qui permet de cultiver des plantes hors sol, c’est un filet d’eau qui apporte l’alimentation nécessaire à leur croissance.

Cette technique permet de cultiver à l’intérieur des villes, et pourquoi pas dans des friches industrielles. Des projets sont en cours à Liège, par exemple, sur les anciennes usines d’Arcelor Mittal. D’autres techniques sont plus innovantes encore, comme l’aquaponie, qui couple un aquarium et une roue de culture, les déjections des poissons sont utilisées comme engrais pour la culture.

L’alimentation du futur fera place à l’entomophagie, c'est à dire la consommation d’insectes. Toute une série de PME belges sont déjà actives sur ce marché, elles proposent par exemple des farines à base de vers. Elles ont eu du mal à se faire accepter à l’expo de Milan : les autorités sanitaires italiennes interdisent toujours la consommation d’insectes, ce qui n’est plus le cas en Belgique.

D’autres innovations techniques transformeront encore notre façon de nous nourrir à l’avenir. C’est le cas par exemple de ce qu’on appelle les cuisines intelligentes : elles seront équipées de fours qui guideront les températures de cuisson ou de frigos qui indiqueront la durée de validité des aliments.

Et puis des innovations sont à attendre du côté des imprimantes en 3 dimensions. Le Smart Gastronomy Lab de Liège, un laboratoire alimentaire, a par exemple présenté à Milan son imprimante à chocolat… une technique à la fois créative et économe, qui est appelée à entrer dans la cuisine de monsieur tout le monde.

Et les frites

Les frites feront elles encore partie de l’alimentation en 2050 ? En tout cas elles font le buzz à l’expo de Milan… les Belges en vendent une tonne et demi par jour, de quoi arrondir les rentrées financières du pavillon.

La Belgique a investi 13 millions d’euros dans l’aventure, elle a engagé une équipe de 100 personnes pour les 6 mois de l’exposition, c’est un gros budget, et il est difficile de prévoir s’il sera amorti. Mais les retombées en termes d’image sont d’ores et déjà rencontrées.

Plusieurs entreprises partenaires du projet ont déjà des perspectives commerciales en Italie. Personne ne semble regretter l’aventure, si ce n’est le chef étoilé Benoît Gersdorff qui a quitté précipitamment l’exposition au mois de mai. La polémique avec le commissariat de l’exposition n’est pas close, mais elle n’empêche pas le bon déroulement de la manifestation.

Le bilan sera tiré fin octobre.

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