États-Unis: "Les républicains vont s'emparer de tous vos avantages"

États-Unis: "Les républicains vont s’emparer de tous vos avantages"
États-Unis: "Les républicains vont s’emparer de tous vos avantages" - © Tous droits réservés

Les républicains n’ont que faire des déficits budgétaires et ça a toujours été comme ça. Ils n’ont jamais fait autre chose que faire semblant de s’en soucier quand l’une de ces deux choses se produit : un démocrate occupe la Maison Blanche et la rhétorique des déficits peut être utilisée pour bloquer son programme politique, ou bien ils voient une opportunité de trancher dans le vif des programmes sociaux qui aident les américains qui en ont besoin et ils peuvent alors utiliser les déficits comme prétexte. Tout ceci est évident depuis des années pour quiconque est un tant soit peu attentif.

Ce n’est donc pas surprenant du tout de les voir enthousiastes à l’idée de mettre en place une gigantesque baisse d’impôts pour les grandes entreprises et les riches, même si toutes les estimations indépendantes ont prévenu que cela ajouterait 1000 milliards de dollars à la dette nationale. Et il était également prévisible de les voir revenir à de grandes poses d’inquiétude quant aux déficits dès qu’ils auraient accompli leur forfait, expliquant que les comptes dans le rouge sont la raison pour laquelle il faut sabrer dans les dépenses sociales.

Pourtant même les plus cyniques d’entre nous sommes ébahis de la rapidité avec laquelle le leurre est mis en place et par le mépris affiché des républicains pour l’intelligence des gens.

En fait, ils ont même remonté la ligne avant même que les poissons ne mordent à l’hameçon.

Pendant les débats au Sénat à propos des coupes d’impôts et des emplois, le Sénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, a été mis en difficulté par rapport à son soutien pour le programme d’assurance santé dédié aux enfants, qui couvre 9 millions d’enfants américains – mais dont le financement a expiré il y a deux mois et n’a pas été renouvelé depuis. Hatch a déclaré son soutien pour le programme mais a insisté sur le fait que "la raison pour laquelle ce programme CHIP est en danger, c’est parce que nous n’avons plus d’argent" – et ce, juste avant de voter pour des baisses d’impôts qui s’élèvent à 1500 milliards de dollars et qui vont bénéficier, dans leur immense majorité, aux quelques pourcents les plus riches de la population.

Puis il a continué et a déclaré "j’ai du mal à avoir envie de dépenser des milliards et des milliards et des milliers de milliards de dollars pour des gens qui ne font rien pour s’en sortir par eux-mêmes, qui ne lèvent pas le petit doigt et qui s ‘attendent à ce que le gouvernement fédéral s’occupe de tout".

De qui donc parlait-il exactement, et quels sont ces programmes qui consomment des milliards et des milliards et des milliers de milliards?

Parlait-il des coupons alimentaires, qui viennent en majorité en aide aux enfants, aux personnes âgées ou aux personnes en situation de handicap? (Et les autres travaillent dur, dans leur grande majorité, mais ne gagnent juste pas assez pour s’en sortir).

Parlait-il des crédits d’impôts sur le revenu, qui récompensent uniquement ceux qui travaillent?

Parlait-il de Medicaid, qui bénéficie là aussi en grande majorité aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap, plus ceux qui travaillent dur mais dont les emplois ne proposent pas d’allocations de santé?

L’on pourrait continuer cette liste à l’envi. Les faits purs et simples, c’est que dépenser énormément pour des gens qui "ne lèvent pas le petit doigt", ça n’arrive pas en Amérique – ou seulement dans l’imagination mesquine de Hatch.

Ceci dit, soyons honnêtes, il y a bien quelques personnes en Amérique qui reçoivent beaucoup d’argent pour lequel ils n’ont pas levé le petit doigt –et ce sont les héritiers de grandes fortunes. Pourtant, c’est étrange de le dire, la législation républicaine donnerait encore plus à ces gens – en effet, des milliards et des milliards de dollars – sans que ne soit requis le moindre effort supplémentaire de leur part.

La version de la Chambre de ces baisses d’impôts éliminerait les droits de successions; la version du Sénat doublerait le niveau de richesse à atteindre pour être exempté d’impôts, jusqu’à 22,4 millions de dollars pour un couple. Comment justifier cela si c’est apparemment tellement difficile de trouver de l’argent pour financer des programmes dédiés aux enfants?

Eh bien le Sénateur républicain de l’Iowa, Chuck Grassley, a tout expliqué la semaine dernière: "Je crois que le fait de ne pas avoir de frais de succession est une reconnaissance pour les gens qui investissent, contrairement à ceux qui ne font que dépenser le moindre centime qu’ils possèdent, que ce soit en alcool, en femmes ou en films".

Hum-hum. Vraiment, je ne vois pas comment limiter les dépenses sur l’alcool, les femmes et les films (les films?) va être suffisant pour que le ménage américain moyen – qui gagnait 59 000 dollars l’année dernière – se retrouve avec des revenus de 22 millions de dollars. Et si l’on pense aux gens qui vont bénéficier réellement de la suppression des droits de succession – des gens comme, mettons, Donald Trump Junior – l’on est immédiatement frappé par la notion selon laquelle c’est une récompense pour la façon de vivre très sobre de leurs pères.

Par contre, ce qu’il est très important de comprendre, c’est que cette hypocrisie et ce mépris envers les gens que nous avons vus ces derniers jours n’est que le début.

Il est communément admis que les projets de loi mis en œuvre par la Chambre et le Sénat sont remarquablement hostiles à la classe moyenne – en fait, le projet de loi du Sénat, une fois mis en place complètement, ferait augmenter les impôts pour la majorité des familles de la classe moyenne. Mais cette observation ne capture qu’une petite partie de ce qui va se passer pour les américains lambda qui travaillent dur.

Car les déficits budgétaires vont flamber grâce à la législation des républicains – probablement encore plus que ce que nous en disent les arbitres officiels, parce que la législation crée un très grand nombre de nouvelles niches fiscales ! Et compenser ces déficits imposera de s’en prendre aux vrais programmes phares, à savoir Medicare et la Sécurité Sociale.

Oh, ils trouveront bien des euphémismes pour décrire ce qu’ils sont en train de faire, pour parler de manière solennelle du besoin de "réformer les allocations" afin d’agir de manière responsable fiscalement parlant – tandis que leurs gigantesques baisses d’impôts pour les riches qui font exploser le budget seront enterrées dans la mémoire collective. Mais quels que soient les mots utilisés pour masquer la réalité de la situation, les républicains ont donné à leurs donateurs ce qu’ils voulaient – et désormais, ils vont s’en prendre à vos avantages.

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