Et si Bart De Wever et Theo Francken avaient (presque) raison?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

S’il est bien un constat que tous les présidents de parti qui défilent au Palais partagent, c’est que la Belgique ne fonctionne pas ! Les évènements actuels ne font que leur donner raison. Mais chacun se garde bien par ailleurs d’avancer des remèdes concrets. Cela oscille le plus souvent entre idées vagues et vieilles recettes, sauf à la N-VA qui retrouve dans l’actualité, ses fondamentaux.

Le confédéralisme, la solution

Dans les faits, la Belgique est déjà une confédération. La Flandre vote à droite, la Wallonie à gauche, Bruxelles est plus écolo que le sud et moins nationaliste de droite que le nord et enfin, l’Ostbelgien vit sa vie sans trop se soucier de ce qui passe ailleurs. Les Germanophones sont d’ailleurs partis pour avoir la même majorité pendant 24 ans, un îlot de certitude dans une Belgique de perplexité.

Unique au monde : il n’y a pas (plus) de partis nationaux. Le PTB s’en revendique mais voir son président s’autoriser en Flandre ce qu’il ne ferait pas en Wallonie (comme discuter avec l’extrême-droite), situe les limites de l’affirmation.

Le gouvernement bruxellois, une Belgique en réduction, n’est d’ailleurs que l’addition du choix du collège électoral francophone et de son homologue néerlandophone, ce qui coupe en deux la vieille famille libérale, l’une étant au gouvernement, l’autre dans l’opposition.

Quand on entend Bart De Wever ou Theo Francken marteler que puisque chaque communauté effectue des choix politiques radicalement opposés, il serait normal et démocratique de concrétiser politiquement ces choix. Chiche !

La N-VA craint le confédéralisme

La vieille antienne du nationalisme flamand nie Bruxelles et interdit même à la population bruxelloise d’avoir un avis sur la question ! La Flandre politique a fait de Bruxelles où très peu de Flamands résident, sa capitale. (D’ailleurs, la ville ou la région ? puisque notamment l’article 194 de la Constitution fait de la seule ville de Bruxelles, la capitale du pays).

La N-VA (mais aussi officiellement les autres partis flamands) ne conçoit qu’un fédéralisme à deux. Ce qui n’est pas le reflet de la réalité institutionnelle. Elle pousse même le paradoxe jusqu’à prétendre que de l’ignorer dans la confection d’une majorité fédérale ce serait " la fin du pays ", ce qu’elle souhaite par ailleurs !

En 2020, la logique confédérale semble correspondre bien plus à une fédération de quatre entités largement autonomes qu’au vieux nationalisme romantique du XIXème siècle du pauvre hère flamand exploité par le bourgeois fransquillon. Cette Belgique à quatre régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles bilingue, Ostbelgien, avec une coupole " Belgique " minimaliste) circule aussi bien chez Johan Vande Lanotte, Jean-Luc Crucke ou quelques socialistes wallons. La N-VA ne veut pas de ce "confédéralisme"-là. Elle s’enferme dans sa logique du " eux " contre " nous ", d’un nationalisme de confrontation, d’une identité qui a besoin d’un " autre " pour se construire en opposition. La N-VA reste enfermée au XIXème siècle alors qu’un certain confédéralisme peut constituer une solution pour la Belgique du XXIème siècle.

 

@PhWalkowiak

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