Et pendant ce temps, la N-VA continue à faire de la politique

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le fait est passé relativement inaperçu : le ministre-président Geert Bourgeois a non seulement " brossé " la cérémonie d’hommage devant le Parlement fédéral où s’étaient rassemblées toutes les autorités exécutives et législatives du pays mais il a organisé une commémoration " concurrente " place des Martyrs, en face des bureaux de la présidence du gouvernement flamand.

Gêné aux entournures

Poussée par son score électoral et les ambitions de son président, la N-VA n’a pas eu d’autres choix que d’intégrer le gouvernement du pays qu’elle entend démanteler ! Cela lui a au moins permis de faire adopter au niveau des trois communautés (c’est comme cela chez les nationalistes que l’on conçoit l’espace " Belgique ") des pans appréciables de son programme économique et social.

Les ministres N-VA au fédéral font le job, hormis quelques couacs " collabos " au démarrage. Et quand Jan Jambon entend nettoyer Molenbeek, il est finalement plus dans un registre droitier à la Sarkozy que dans la revendication autonomiste.

Toutefois, ce qui touche à la Belgique continue à provoquer un certain malaise chez la plupart des élus du parti. Quand ce n’est pas les Diables Rouges, c’est donc l’idée d’un hommage national.

A la N-VA, n’est perçu comme " national " que ce qui concerne la Flandre, seule Nation digne de considération ou de compassion. La Belgique continue à donner de l’urticaire.

De même dès les attentats, Bart De Wever, furieux, désignent ces gens qu'on a choyés durant toute leur vie qui agissent de la sorte et continuent souvent à bénéficier de soutien au sein de leur propre communauté. Toujours ce " eux " contre " nous " propre au discours nationaliste.

Rivalité

Les ministres Jambon et Geens se sont posés la question de leur responsabilité fonctionnelle dans la non-arrestation d’Ibrahim El Bakraoui. C’est tout à leur honneur. Il est également compréhensible qu’alors que les perquisitions, les arrestations se poursuivent, que les corps des victimes ne sont pas tous identifiés, le Premier Ministre épargne au pays une crise politique grave.

Les états d’âme des ministres auraient dû rester pour un temps au sein du kern. Mais l’occasion était sans doute trop belle pour la N-VA de faire savoir que son ministre de l’Intérieur avait voulu " prendre ses responsabilités " alors que finalement, les dysfonctionnements sont plutôt à chercher du côté de la Justice

La crise interne a en tout cas jugée suffisamment grave pour que Charles Michel réunisse Bart De Wever (N-VA) et Wouter Beke (CD&V), les présidents de parti concernés.

Le gouvernement ne pouvait tomber, il fallait " acheter du temps " d’où cette idée de Commission d’Enquête Parlementaire. Ce genre de commission est généralement installée à la demande pressante de l’opposition ; la majorité lui a coupé l’herbe sous les pieds. De plus, si cette Commission peut prendre toutes les mesures prévues par le Code d’Instruction Criminelle, même contraindre par la force à venir témoigner, elle ne peut surtout pas interférer dans les enquêtes en cours. Ici, il n’y a que ça !! Les ailes de la future Commission sont d’ores et déjà rognées et son travail cadenassé. Les deux ministres sont (provisoirement ?) saufs mais Charles Michel qui a expressément refusé leur démission, endosse la responsabilité politique à venir.

De nouvelles révélations pourraient en effet fragiliser la position des ministres en charge de la Police et de la Justice.

D’ici là, il fallait gagner du temps.

 

@PhWalkowiak

 

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK