Et maintenant, sous vos yeux ébahis : la minorité majoritaire

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Les mauvaises langues diront que Paul Magnette demeure bien plus un homme de lettres que de chiffres.

Quand il n’arrive pas à réaliser une majorité arithmétique, il s’arrange avec les appellations : l’été dernier l’impossible majorité wallonne PS-ECOLO-société civile (combien de sièges ?) se voyait rebaptisée "coquelicot". Cette fois, c’est l’improbable tripartite classique, minoritaire, qui devient "majorité relative" ou "minorité absolue" !

Mais finalement, dans Ce Pays, la réalité n’est-elle pas celle-là ?

Les portes claquent

La N-VA persiste. La formation nationaliste semble déjà dans le calcul, comme en juillet 2011 (réforme de l’Etat) ou en décembre 2018 (pacte des migrations de l’ONU). Le compromis n’appartient pas à sa culture, elle préfère claquer la porte. Vendredi dernier, elle fut la seule formation à ne pas soutenir le dernier (?) train de mesures, se plaçant résolument dans l’après-Wilmès 2, l’anticipant même.

La N-VA a hâte de passer à autre chose, de constituer ce gouvernement qui soutienne la relance économique, fasse des économies avec un PS, qui lui estime qu’une relance sociale, un renforcement de la Sécurité Sociale constituent des priorités après la crise sanitaire.

La N-VA est pressée ou plutôt ne veut pas s’enfermer. Elle rêve toujours d’un gouvernement fédéral mis sur pied par la Wallonie et la Flandre, à l’issue d’une mission-éclair Jambon-Di Rupo. Une porte a donc claqué.

Mission sans nom

Depuis quelques semaines, les présidents socialistes, autoproclamés "chargés de faire le topo sur la situation" (rebaptisés au nord du pays snuffelaars, renifleurs) tentent de débloquer les négociations.

Cette mission débouche sur un rapport en forme de constat : pour activer rapidement l’indispensable relance, le plus simple reste de bâtir à la hâte une tripartite traditionnelle (les trois de Wilmès 2 + les deux socialistes et le cdH). Souci : cette coalition ne disposerait du soutien que de 71 députés sur 150. Le calcul de la doublette Rousseau-Magnette est simple mais prend aussi des allures de pari : PTB ou ECOLO oseront-ils s’associer au Vlaams Belang ou à la N-VA pour provoquer une crise politique majeure dans les circonstances actuelles ?

Les libéraux semblent pris à froid. En Flandre, en sus, CD&V et Open VLD tiennent toujours à embarquer la N-VA. Avantage pour le PS : il serait désormais au pouvoir partout.

La capacité d’action de cette tripartite risque de se retrouver rapidement très réduite. Au MR, on a sans doute fait ses comptes : l’arrivée du PS et du cdH signifierait la parte de quatre portefeuilles ministériels, sans compter une tension de leadership entre Wilmès et Bouchez. Au PS, une large frange soupçonne toujours leur président de laisser ainsi ouverte la porte (sic) à une arrivée de la N-VA. Seule la présence de cette dernière assurerait d’ailleurs une majorité dans chaque groupe linguistique.

L’offre Magnette-Rousseau est de courte durée : dans 10 jours, Wilmès 2 perd ses pouvoirs spéciaux et sa capacité d’action sera quasi-nulle.

En juin comme en septembre, on va donc se compter. Avec toujours la possibilité de devoir compter des bulletins de vote à l’heure des feuilles mortes.

@PhWalkowiak

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