Est-ce que la Trump-euphorie a fini par foncer dans le mur ?

Est-ce que la Trump-euphorie a fini par foncer dans le mur ?
Est-ce que la Trump-euphorie a fini par foncer dans le mur ? - © Tous droits réservés

Lorsque l’on parle des marchés financiers, il y a trois règles dont il faut se souvenir. D’abord, les marchés financiers ne sont pas l’économie. Deuxièmement, les marchés financiers ne sont pas l’économie. Troisièmement, les marchés financiers ne sont pas l’économie.

Donc la plongée des marchés ces derniers jours pourraient bien ne rien vouloir dire.

D’un côté, ne partez pas du principe qu’il y avait une bonne raison pour cette chute (bien que le fait que le Dow Jones ait perdu 666 points vendredi fait penser soit à des forces sataniques soit à un lien mystique avec les investissements douteux de la famille Kushner au numéro 666 de la 5ème Avenue).

Lorsque les marchés se sont écroulés en 1987, l’économiste Robert Shiller a procédé à une enquête en temps réel des motivations des investisseurs ; il s’est avéré que le krach était essentiellement de la panique pour eux-mêmes. Les gens ne vendaient pas à cause d’une information qui les auraient poussés à revoir leurs positions sur les actions en bourse ; ils vendaient parce qu’ils voyaient que les autres vendaient.

Et d’un autre côté, ne partez pas non plus du principe que le déclin des prix en bourse nous en dit beaucoup quant à l’avenir de l’économie. Le grand économiste Paul Samuelson eut un célèbre trait d’esprit en expliquant que les marchés financiers avaient prédit neuf des cinq dernières récessions. Par exemple, ce krach de 1987 fut suivi non par une récession mais bien par une croissance solide.

Pourtant, la crise des marchés devrait nous faire observer sérieusement les perspectives économiques. Et je dirais que ce que nous disent les chiffres, c’est que dans le meilleur des cas, l’Amérique se dirige vers un ralentissement de son taux de croissance ; les preuves que nous avons en notre possession laissent à penser que lors des dix prochaines années, la croissance sera d’environ 1,5 pourcent par an, et pas 3 pourcent comme ce que Donald Trump et ses sbires ne cessent de promettre.

Les chiffres laissent également à penser que les actifs à risques en général – les actions en bourse, mais également les obligations à long terme ainsi que l’immobilier – pourraient bien être surévalués. Si on laisse de côté la folie du bitcoin, nous ne parlons pas ici de start-ups comme dans les années 2000 ou de maisons comme en 2006. Mais les indicateurs standards sont bien au-delà des niveaux normaux historiques, et un retour vers ces normes pourraient bien être douloureux.

A propos de cette chute vertigineuse : si elle est due à une quelconque information, ce sont les chiffres officiels liés à l’emploi de vendredi, qui montrent une augmentation significative, mais pas gigantesques, des salaires. Ceci dit, les salaires en hausse sont une bonne chose. En fait, l’incapacité des salaires à augmenter pas mal jusqu’à présent s’est avéré être une lacune profondément frustrante dans notre relance économique qui est par ailleurs durable et impressionnante, relance qui a démarré au début de l’administration Obama.

Mais l’on assiste aujourd’hui à l’accumulation de preuves attestant que l’économie américaine est toute proche du plein emploi. Le faible taux de chômage n’est qu’une partie de l’histoire. Il y a aussi la volonté grandissante des employés à quitter leur emploi, et c’est quelque chose que l’on ne fait pas si l’on n’est pas certain de retrouver un emploi. Et aujourd’hui les salaires remontent enfin, ce qui laisse à penser que les travailleurs ont gagné également du pouvoir de négociation.

Encore une fois, voilà de vraies bonnes nouvelles. Mais cela signifie que la croissance américaine à venir ne pourra pas venir du fait de remettre au travail des chômeurs. Elle devrait venir soit de croissance venant des travailleurs potentiels, soit d’une productivité plus importante, c’est-à-dire davantage de rendement par employé.

Pourtant, avec la génération du baby-boom qui part à la retraite, la croissance dans la population américaine encore en âge de travailler, notamment ceux dans leurs meilleures années, a très fortement ralenti, tandis que la croissance de la productivité s’avère décevante. Ces deux facteurs pris ensemble laissent à penser que la croissance est susceptible d’aller deux fois moins vite que ce que Trump promet.

Les marchés ont-il cru Trump ?  Au moins, ils se sont comportés comme si l’économie américaine avait encore beaucoup de marge de manœuvre ; que cette certitude reçoive une douche froide devrait être synonyme de taux d’intérêts plus élevés et de prix plus bas pour les actions en bourse, et c’est ce à quoi nous assistons.

Mais devrions-nous nous attendre à quelque chose de plus inquiétant qu’un simple ralentissement dans la croissance ?

Eh bien les valeurs des actifs semblent bel et bien élevées : un indicateur largement utilisé pour évaluer les valorisations boursières les met à un niveau annuel de 15, alors qu’un autre indicateur ayant un concept similaire prétend que les prix de l’immobilier ont regagné un peu moins que la moitié de cette augmentation qui avait fini par l’éclatement de la bulle immobilière.

Pris séparément, ces chiffres ne sont pas alarmants : comme je l’ai dit, les marchés n’ont pas du tout l’air aussi sur évalués que ce qu’ils étaient en 2000, et l’immobilier est loin d’être aussi surévalué que ce qu’il était en 2006. D’un autre côté, cette fois-ci les deux marchés ont l’air surévalués en même temps, ce qui rend ainsi possible le fait que ces deux bulles éclatent en même temps, comme la double bulle qui a frappé le Japon à la fin des années 80.

Et si les prix des actifs sont touchés, l’on pourrait s’attendre à ce que les consommateurs – qui dépensent fortement et qui mettent très peu de côté – ne fassent plus attention.

Pourtant, tout ceci serait gérable si l’on pouvait compter sur nos figures politiques clef afin de prendre des mesures efficaces.

Et c’est là que je m’inquiète.

A l’évidence, ce n’est pas une bonne chose que Trump se soit débarrassé de l’une des présidentes de la Réserve Fédérale les plus qualifiées que l’on ait connues juste avant que les marchés ne commencent à montrer des signaux d’alerte. Jerome Powell, le successeur de Janet Yellen semble être un type raisonnable.

Mais nous n’avons aucune idée de la façon dont il gèrerait une crise si elle survenait.

Pendant ce temps, le secrétaire au Trésor actuel – qui déclarait à Davos : "Je ne crois pas que ce soit un endroit de rencontre pour ceux qui croient en la mondialisation" – pourrait bien être l’individu le moins qualifié et le moins bien informé à tenir ce rôle.

Sommes-nous donc en route pour de gros problèmes ? Trop tôt pour le dire. Mais si c’est le cas, soyez rassurés car nous aurons les pires gens possibles pour s’en occuper.  

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK