Espagne: petits chantages entre amis

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Ou bien vous payez sans discuter mon loyer de 600 euros, ou bien vous devrez me loger chez vous parce que je n'aurai pas payé mon loyer et que je me serai fait virer de mon appartement. C'est un peu ce genre de chantage que le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy lance à la tête de ses partenaires de la zone Euro. Soit vous recapitalisez directement mes banques, soit "très bien" dit il "je me débrouille tout seul mais je vais flancher et la chute de l'espagne entraînera la chute de l'euro.

Le gouvernement espagnol refuse de demander l'aide du fond de secours de la zone Euro, selon lui, les comptes publics espagnols ne sont plombés que par la crise bancaire. "Sauvez mes banques mais moi, état espagnol, je n'ai besoin de rien". Mariano Rajoy refuse l'humiliation de demander l'aide, refuse l'humiliation d'une certaine mise sous tutelle européenne de l'Espagne, refuse aussi de s'endetter davantage pour ses banques.
Mais le fond de secours de la zone Euro ne prête pas à des entités privées, banques ou autres, il faut passer par des prêts sous conditions au gouvernement qui lui ensuite recapitalise s'il faut les banques de son pays.

Nouveau délai.

Depuis quelques jours, le gouvernement espagnol fait monter les enchères.
"Attention" dit-il "ça se complique, les marchés nous sont quasiment fermés, nous ne trouvons plus d'argent frais à des taux raisonnables, nous sommes dans une situation très très difficile". De quoi faire paniquer les Européens. Car si aider les banques espagnoles coûterait 100 ou 150 milliards d'euros à la zone Euro, venir en aide à l'Etat en le sortant des marchés financiers pourrait coûter 600 ou 700 milliards d'euros et le fond de secours ne dispose plus de ces montants.
Alors le choix est simple: soit vous prêtez directement aux banques espagnoles, soit le gouvernement essaye de s'en sortir tout seul mais avec le risque d'un jour ne plus du tout trouver d'argent.
Les négociations sont en cours, l'Allemagne ne veut toujours pas que le fond de secours prête directement aux banques, c'est contraire aux textes, et l'Allemagne tient à imposer ses conditions à celui qui reçoit l'aide.

Certains se disent que peut être le fond européen pourrait prêter au fond espagnol chargé d'aider les banques espagnoles, d'autres veulent que le gouvernement espagnol accepte l'aide en échange d'un programme européen non pas d'austérité généralisée (il est déjà en cours) mais en échange d'un programme strict de restructuration et de liquidation de certaines banques décidément trop atteintes.
Les incertitudes devraient durer encore quelques jours, un audit des banques espagnoles est en cours pour préciser la situation du secteur.

Et pendant ce temps là, l'Espagne emprunte à des taux d'intérêt insupportables, ce qui rend la vie des Espagnols eux mêmes plus pénible encore. Et comme si ça ne suffisait pas, la situation espagnole, par contagion sur les marchés, complique aussi le redressement de l'Italie dont les marchés se méfient presqu'autant que de l'Espagne. Mais l'Espagne et l'Allemagne sont persuadées qu'elles peuvent encore traîner un peu, le bras de fer continue, il devrait durer encore une quinzaine de jours au moins.

 

Anne Blanpain

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