Epidémie et féodalité provinciale

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Réminiscences de la Belgique d’arrière-grand-papa, lointains descendants des préfets républicains ou impériaux, les gouverneurs de province retrouvent les lumières de l’actualité à la faveur de l’épidémie de coronavirus. Pourtant, depuis des années, leur rôle passait largement au deuxième plan. La Belgique fédérale les occultait.

Honorifique

Elle n’est pourtant pas si éloignée la période où des ministres en vue (Michel Tromont, Amand Dalem, Valmy Féaux, Steve Stevaert, etc.) s’emparaient de la fonction, s’assurant une agréable fin de carrière.

Il est vrai que les réformes de l’état successives ont raboté les attributions du gouverneur, mais la fonction a gardé un certain prestige, faute de réels pouvoirs.

Désormais, ce sont les Régions qui désignent les gouverneurs même si ceux-ci dépendent également du fédéral pour une série de compétences (sécurité, secours, élections, …). Position hybride au sein de la lasagne institutionnelle belge, le poste reste suffisamment stratégique pour que les présidents de parti se chamaillent régulièrement pour la répartition de ses postes. Aucune compétence particulière n’est requise, cela reste un privilège d’attribution du président de parti, d’autant que le poste est garanti à vie (enfin, jusqu’à l’âge de la retraite).

Incohérence

Comme lors des catastrophes naturelles, la pandémie a remis en lumière le poste. Ainsi, lorsqu’à Anvers, le bourgmestre Bart De Wever s’est montré réticent à prendre des mesures, le gouvernement fédéral, pour éviter un choc frontal avec le président de la N-VA, a fait intervenir la gouverneure de la province d’Anvers. Le CD&V ne pouvait humilier le président nationaliste en pleine négociation gouvernementale. Attitude similaire lors des débordements à la côte ou face à la grogne des propriétaires de seconde résidence.

Dans la même logique, les autorités fédérales et régionales ont laissé faire les bourgmestres. En Belgique, les mesures ont souvent été prises en ordre dispersé. A croire que chez nous, le véritable pouvoir est local ou que les autorités gouvernementales estiment ne pas disposer de la légitimité nécessaire pour intervenir efficacement. L’autorité locale demeure en effet pour le Belge moyen, celle pour laquelle il a encore le plus de respect ou de confiance.

La semaine dernière, l’autorité wallonne réunissait ses gouverneurs mais se garde bien de coordonner leur action, d’une part parce que le maintien de l’ordre demeure une compétence fédérale mais d’autre part, cela permet au gouvernement wallon de ne pas apparaître en première ligne pour prendre des mesures impopulaires.

Chaque province agit alors à sa guise ! Les deux provinces wallonnes les moins peu peuplées décrètent le couvre-feu entre 1h et 6h. Pas de cela dans les grands centres urbains, foyers de recrudescence.

Le gouverneur de Namur envisage des mesures plus ciblées au niveau des centres urbains là où dans le Brabant Wallon, Louvain-la-Neuve et Jandrenouille sont dans le même sac ! De même, les navetteurs peuvent se rendre quotidiennement à Bruxelles, là où le taux de contamination est bien plus élevé que dans leur campagne ardennaise ou brabançonne.

L’adhésion de la population à de mesures sanitaires passe par la cohérence de celles-ci. Ici, on cherche toujours.

@PhWalkowiak

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK