Entre méthode Coué et ambition politique

Les exercices budgétaires, quelle que soit la majorité, se ressemblent : ils sont (quasiment) indolores pour le citoyen, ils soutiennent l’activité économique et favorisent les plus démunis… à en entendre les auteurs. Il y a 20 ans, Jean-Luc Dehaene ne disait pas autres choses avec les mêmes accises sur le tabac ou l’alcool, les mêmes aides pour les plus démunis, la même lutte contre la fraude fiscale, etc…

Ecran de fumée

Depuis que déjà sous Jean-Luc Dehaene, la rentrée parlementaire coïncide avec une déclaration gouvernementale basée sur le budget de l’année qui suit. Petit truc de communication politique, quelle que soit le Premier Ministre (Guy Verhofstadt et Elio Di Rupo étaient également experts en la matière) : trouver une ou deux bonnes nouvelles pour masquer les mauvaises.

Le cru 2015-2016 sera marqué par le tax-shift et les 100€ mensuel pour (pas tout fait) tous. Ce sera la ritournelle de cette rentrée, et c’est de bonne guerre. En leur temps, Elio Di Rupo avait " vendu " la Nouvelle Belgique apaisée, Guy Verhofstadt 200.000 emplois ou Yves Leterme le goed bestuur

Charles Michel et son gouvernement entendent démontrer qu’ils incarnent la rupture et ceci est sans doute bien plus important qu’une colonne " recettes" ou "dépenses". N-VA comme MR ont dans ce registre le même catéchisme politique : moins de charges fiscales et un train de vie de l’Etat réduit. En somme, tout ce qui n’est pas possible avec les socialistes aujourd’hui et certainement demain quand il faudra revoter.

Equilibre

Mais la réalité budgétaire finit toujours par rattraper les ambitions politiques. Pour tenter de bénéficier du " virage fiscal ", mieux vaut ne pas utiliser l’électricité, rouler en vélo, ne pas fumer, boire uniquement l’eau du robinet et ne pas déclarer ses frais réels au fisc… et partager l’ optimisme du gouvernement en terme de créations d’emplois, de rentrées TVA, etc…

Cela permet surtout au gouvernement fédéral d’aller de l’avant, de reprendre la main après les couacs provoqués par les mécomptes budgétaires du ministère des Finances.

Reste aussi à faire passer la pilule auprès des Régions. Par ses manœuvres budgétaires, le fédéral réduit automatiquement les recettes régionales, sans la moindre concertation. Les tensions entre niveaux de pouvoir ne sont pas terminées.

@PhWalkowiak

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