En Flandre, le journalisme d'investigation fait bouger la société

Les reportages d’investigation menés en Flandre semblent avoir toujours plus d’impact sur la société, et sur les politiques menées. Un exemple récent l’a une fois de plus démontré, comme nous l'explique Joyce Azar, journaliste à la VRT, dans sa chronique Vu de Flandre sur La Première.

Le reportage date de mercredi dernier. L’équipe de l’émission Pano, de la VRT, s’est penchée sur l’addiction aux jeux de hasard, et sur l’absence de régulation concernant les mineurs d’âge. Les journalistes ont notamment révélé la présence de jeux de roulette ou de jackpot dans les Center Parcs du pays. Le hic, c’est que ces jeux sont accessibles aux enfants. Après la diffusion du reportage, la Commission des jeux de hasard a saisi certains appareils du parc de Lommel et a sommé Center Parcs de se mettre en règle. Résultat : la direction a décidé de fermer ses salles d’arcades dans tous ses domaines de vacance en Belgique.

Ce n’est pas la première fois que les reportages d’investigation de la VRT ont des répercussions sur le terrain. Autre exemple: l’émission Panorama qui avait révélé en 2006 ce qu’on allait appeler "l’affaire Zheyun Ye", du nom de cet homme d’affaires chinois qui avait élaboré un juteux système de matchs truqués. S’en était suivi une longue enquête et une procédure judiciaire qui avait mené à la condamnation de plusieurs joueurs et entraîneurs belges. 

On peut aussi évoquer l’affaire Jonathan Jacob. Ce jeune homme de 26 ans avait trouvé la mort en 2010 dans la cellule d’un commissariat de Mortsel, suite à l’intervention musclée d’une équipe spéciale des forces de l’ordre. La diffusion du reportage, trois ans après les faits, avait mené à une enquête sur le fonctionnement de la justice anversoise. Plus tard, l’unité des forces spéciales d’Anvers a purement et simplement été dissoute. Sept de ses agents ont été condamnés pour homicides involontaires.

Investigation en immersion

Des exemples plus récents démontrent aujourd’hui encore l’importance du journalisme d’investigation. En mai dernier, un journaliste flamand s’était fait engager par l’entreprise de livraison DHL. Il avait alors constaté un abus de l’employeur dans l’utilisation des contrats journaliers. Après la parution de son reportage, 125 collaborateurs DHL avait finalement obtenu un CDI. 

Enfin, il y a deux semaines, le magazine Pano a diffusé un documentaire sur l'"industrie des dettes". Il a pu démontrer comment certains huissiers et bureaux de recouvrement profitaient de la misère des gens pour s’en mettre plein les poches. On n’en a, certes, pas entendu parler en Belgique francophone, mais au Parlement, le sujet a fait débat. Mieux: le ministre Koen Geens et la secrétaire d’Etat Zuhal Demir ont proposé de nouvelles mesures pour protéger les citoyens contre l’endettement excessif. Dommage qu’il ait fallu attendre la diffusion de tous ces reportages pour que des mesures soient prises. Mais restons positifs: ça prouve au moins, pour ceux qui en doutent encore, que le travail journalistique de fond demeure l’un des garants de notre démocratie.

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