En désignant un juif hassidique sur sa liste anversoise, le CD&V s'est tiré une balle dans le pied

Joyce Azar, journaliste à la VRT
Joyce Azar, journaliste à la VRT - © Tous droits réservés

A Anvers, le CD&V a créé la surprise hier en choisissant d’intégrer dans sa liste électorale un candidat juif ultra-orthodoxe. Ce choix a provoqué une véritable tempête politico-médiatique. 

Le candidat s’appelle Aron Berger, il a 42 ans, et il a annoncé hier avoir été désigné à la 9e place de la liste anversoise du CD&V. C’est la première fois qu’un juif hassidique figure sur une liste électorale. On pourrait donc dire que c’est plutôt une bonne nouvelle pour cette communauté, connue pour être particulièrement renfermée. Mais c’était finalement une moins bonne nouvelle que prévu pour le parti chrétien-démocrate flamand.

Refus de serrer la main aux femmes

Dans un entretien accordé au magazine Joods Actueel, Aron Berger s’est exprimé sur ses convictions religieuses. Il a notamment indiqué qu’il refusait de serrer la main aux femmes. Il ne s'agit pas, selon lui, d'un manque de respect envers la gente féminine, mais au contraire, d'une marque de respect, envers sa propre femme. 

L’argument n’est pas passé, il a même provoqué un déferlement de critiques. A commencer par celles de plusieurs membres du CD&V, dont Hendrik Bogaert, qui estime qu’un homme qui refuse de serrer la main à une femme n’a pas sa place sur les listes de son parti. Même son de cloche du côté de la ministre flamande Hilde Crevits, pour qui une telle pratique est intolérable.

Les autres formations politiques se sont évidemment aussi emparées de l’affaire. La tête de liste des libéraux flamands, Philippe De Backer a dénoncé " un manque de respect envers les Anversois ", " Une défaite pour les droits des femmes ", aux yeux de la secrétaire d’Etat N-VA, Zuhal Demir. Sur Twitter, Kris Peeters, tête de liste du CD&V à Anvers, a dans un premier temps nuancé: " Tous les candidats de la liste respectent la position égale de l’homme et de la femme ". Une phrase subtile et calculée, qui rejoint d’une certaine manière la réflexion du rédacteur en chef de Joods Actueel, selon laquelle il n’y a, là, aucune pratique discriminatoire, puisque les femmes juives ultra-orthodoxes refusent, elles aussi, de serrer la main aux hommes. 

La communauté juive, 5% de l'électorat anversois

Face à la controverse, le CD&V s’est réuni d’urgence, et a fini par trancher. Ou plutôt refiler la patate chaude à Aron Berger. Le parti a dans un premier temps fait savoir qu’il ne lâcherait pas son candidat. Changement de cap, quelques heures plus tard, lorsque Kris Peeters lui demande face caméra de se distancier de ses déclarations.

Entre-temps, les médias flamands ont découvert des archives datant de 2013, dans lesquelles Aron Berger déclare que les écoles mixtes sont une forme de maltraitance. Encore des propos qu’il devra justifier. Pas sûr que cette histoire se termine bien, surtout pour le CD&V qui pensait avoir trouvé le candidat idéal pour s’attirer les faveurs de la communauté juive. Une communauté qui représente environ 5% de l’électorat anversois, et qui vote traditionnellement pour des partis de centre-droit. Bref, qui aurait pu faire la différence pour un CD&V en mauvaise posture dans la plus grande ville de Flandre. 

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