En démocratie, il ne faudrait jamais avoir peur des élections

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Il ne reste à présent plus aucun constitutionnaliste ou politologue pour estimer que l’avatar actuel du gouvernement fédéral ne constitue pas un nouveau gouvernement avec une nouvelle coalition et surtout, l’unanimité semble de mise à présent pour affirmer que Charles Michel doit bel et bien demander la confiance de la Chambre des Représentants. Le reste n’est que littérature et circonvolutions pour éviter l’inéluctable ou empêcher des élections, rejoignant sur ce dernier point les craintes de l’opposition ou de ce qui en tient lieu.

Retarder l’échéance ou la théorie du chaos

Depuis le week-end dernier, la coalition a changé de nature… même si Charles Michel et les siens tentent de (se) persuader du contraire. Le Premier Ministre a eu le courage politique de sacrifier son alliance avec la N-VA pour soutenir le Pacte des Migrations. Les nationalistes lui signifient donc à présent qu’ils se sentent trompés après quatre ans de vie commune et cherche à faire payer cette " infidélité " : on ne peut demander au conjoint cocu de préparer le petit déjeuner au lendemain d’une aventure d’un soir, a ainsi déclaré sous les rires de l’assemblée, le chef de groupe Peter De Roover.

Face à cela, la " majorité minoritaire " ne peut que rappeler qu’elle poursuit l’action entamée, qu’il reste des dossiers à boucler, que la Belgique ne peut se permettre une crise politique. C’est " moi ou le chaos ", semble dire Charles Michel qui veut éviter de demander la confiance, usant des affaires courantes comme d’un repoussoir qui bloquerait le pays. Pour rappel, c’est bel et bien en affaires courantes que la Belgique a racheté une banque ou est partie en guerre.

Admettre l’échec

Quoiqu’ il advienne, la Belgique se trouvent déjà en affaires courantes. L’action politique se sclérose mais il est compréhensible que la coalition en place s’acharne et tente de trouver une issue plutôt que d’admettre l’échec ou plus clairement la duplicité de la N-VA. Charles Michel a pris un risque politique en embarquant les siens dans un gouvernement représentant moins d’un quart des Francophones avec des nationalistes souhaitant la fin du pays, aux postes-clés. Il a rompu avec une certaine coutume politique, qui il est vrai, handicapait aussi le pays, le contraignant sans cesse aux compromis-ratatouille.

La N-VA reste ce qu’elle est : ses intérêts et ceux qu’elle pense être ceux de la Flandre, passent avant ceux du gouvernement fédéral.

Peur des électeurs

À la Chambre, la plupart craignent les élections. Singulièrement, les partis des trois familles traditionnelles. Depuis quatre ans, aucune enquête d’opinion ne leur a prédit un meilleur score qu’en 2014. Les élections communales et provinciales ont confirmé cette tendance. L’heure est au dégagisme.

La N-VA pourrait être tentée de capitaliser tout de suite sur son rejet du Pacte sur les Migrations. Charles Michel s’entête à ne pas vouloir demander un vote de confiance des représentants de la Nation mais il renvoie aussi le PS a ses contradictions. Les socialistes craignent aussi la sanction des électeurs, en n’osant pas déposer une motion de méfiance, pariant sur la déliquescence des affaires courantes.

Finalement, est-il sain dans une démocratie que le simple citoyen-électeur effraie ainsi une classe politique ? Ou cela en dit-il long sur l’état de cette démocratie…

 

@PhWalkowiak

 

 

 

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