Effets positifs ou négatifs des vaccins contre le coronavirus : comment doser nos journaux télévisés ?

Si vous avez regardé tous les journaux télévisés de ce mois de mars du début à la fin, vous avez passé une trentaine d’heures devant votre télévision à suivre les informations. Et combien de fois avez-vous entendu parler de la vaccination contre le Covid-19 ? Pour le savoir, ma collègue Aline Wavreille et moi, nous avons tout passé en revue du 1er au 31 mars. Et on a pris des notes.

Verdict : le JT vous a parlé de vaccination à peu près tous les jours ce mois-ci… ou presque. Au total, les rendez-vous de 13h et 19h30 ont évité le sujet pendant huit jours seulement. Ce qui fait quand même 46 éditions avec de la vaccination au menu, que ce soit pour parler des effets positifs ou négatifs des différents vaccins, mais aussi de la logistique entourant la campagne elle-même.


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Alors, bien sûr, c’est l’actualité qui veut ça. La campagne de vaccination s’est accélérée à partir de la mi-mars. Dans le même temps, le vaccin Astrazeneca, temporairement suspendu dans certains pays pendant que la Belgique continuait à l’utiliser, a attiré tous les regards.

Des téléspectateurs indignés…

En tout cas, ce sujet vous fait réagir, en témoignent les messages reçus par notre service de médiation. "Les radio/tv du service public vont dans le sens de la peur du citoyen par rapport au vaccin AstraZeneca, ceci sans preuve scientifique", dénonce Dominique.

"Pourquoi être si méprisants avec celles et ceux qui hésitent à se faire vacciner ? Cela me paraît légitime qu’ils se posent des questions, compte tenu de ce qu’on sait des effets pervers de certaines innovations, comme la pilule, jugées en leur temps comme 'inoffensives'", objecte Xavier.

"Pourquoi les doutes d’une partie de la population sont-ils minimisés, réduits au silence ? Il n’y aurait que des ignorants, des faibles d’esprits à instruire, à manipuler, à convaincre par la bande, ou à défaut par la force, parmi les covido-pandémico-vaccino sceptiques ? Où êtes-vous ?", interroge un troisième.

… et des questions pour la rédaction

Oui, où sommes-nous ? Comment parler du vaccin contre le Covid ? Y a-t-il une place pour le débat contradictoire sur ce sujet dans le journal télévisé ? Le JT et l’info RTBF en général sont-ils "pro-vaccins" ?

"On n’est pas là pour inciter les gens à quoi que ce soit, répond d’emblée Johanne Montay, responsable éditoriale sciences à la rédaction. Notre rôle ce n’est pas de dire : 'Go, vaccinez-vous.' On n’est pas des agents de communication des autorités sanitaires."

Elle ajoute : "On a un rôle avant tout journalistique qui est d’informer de la façon la plus complète et la plus transparente possible." En témoigne la vidéo ci-dessous où, à 1 minute 30, notre journaliste fait le point sur ce que l’on sait concernant les cas de thromboses avec le vaccin AstraZeneca.


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Ce plateau date du 11 mars. Dans les jours qui suivent, la peur se répand. Et le JT s’en fait l’écho à plusieurs reprises, notamment le 16 mars lors d'un reportage dans un centre de vaccination (voir ci-dessous).

"On essaye de dire tout ce qu’on sait et même d’aller au devant, de ne jamais cacher des éléments qui concernent des effets indésirables, même des effets parfois graves", poursuit Johanne. Il faut ensuite analyser, mettre dans la balance les bénéfices et les risques du vaccin, pour apporter l'information la plus complète et la plus claire possible.


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La journaliste rappelle au passage que l’Agence fédérale des Médicaments et des Produits de Santé (AFMPS) "publie de façon hypertransparente tous les effets indésirables qui ont été remarqués chez les personnes vaccinées en Belgique. S’il s’avérait qu’il y avait quelque chose de nouveau et de notable, on le publierait bien sûr également".

"Aller au-devant des doutes"

Quant à la vaccination en général, Frederic Gersdorff, directeur adjoint de l’information à la RTBF, note que "la parole a été donnée à des personnes contre. Ces personnes ont été entendues". Il souligne aussi que "la vraie difficulté c’est d’avoir des gens qui sont contre la vaccination mais qui viennent avec des arguments fondés et établis".

Pour Johanne, "la méfiance a une place et on doit l’aborder de front. On ne doit pas faire l’autruche, mais exposer les choses. Je pense que plus il y a de doute, plus il faut exposer, expliquer, aller au-devant des doutes, les rencontrer et les comprendre sans les juger".

Avant la polémique AstraZeneca, le 11 février dernier, le "Baromètre psychologie et Corona" faisait ce parallèle entre consommation des médias et vaccination : "De façon remarquable, plus les répondants consultent les médias traditionnels (TV, quotidiens), plus ils sont enclins à se faire vacciner. De même, la fiabilité accordée à ces médias est corrélée avec une attitude favorable face à la vaccination, peut-on y lire".

Esprit ouvert et remise en question

De là à donner la parole tous azimuts ? La responsable éditoriale met une limite, celle des études cliniques réalisées selon un protocole strict. "C’est ça qu’on va chercher comme type de preuves." Ce qui n’empêche pas d’avoir "un esprit ouvert, vigilant et critique" où la remise en question a sa place.

"La vraie difficulté là-dedans, c’est d’avoir suffisamment de recul et de perspectives pour pouvoir donner une vue claire à l’auditeur ou au téléspectateur", observe Frédéric.

Une réflexion a d’ailleurs eu lieu au sein de la rédaction sur notre couverture de l’information liée au Covid. Des éditeurs (ceux qui valident la diffusion d’un sujet), présentateurs et journalistes se sont mis autour de la table pour faire le point. Choix des invités, place du Covid dans les différentes émissions, manière de présenter les chiffres de l’épidémie… de nombreux éléments liés à "l’infodémie" ont été discutés.

Que ressort-il de ces discussions ? Une volonté de pédagogie, plus de cohérence entre médias, un élargissement du panel d’experts pour "assurer la pluralité des expertises, des institutions et des disciplines"… Sans oublier ces deux points plus généraux :

  • Faire plus de choix dans les sujets pour éviter le matraquage d'infos : moins de systématisme et de 'feuilletonnage' de l’actu, ne pas vouloir tout dire ;
  • Ne pas tout ramener au Covid : si on traite un sujet qui n’a rien à voir avec le Covid, ce n’est pas nécessaire d’y faire référence.

Cela se joue aussi sur l'utilisation du bon vocabulaire à l'antenne. Les journalistes ont récemment été invités à bien faire la différence entre un "vaccin" et un "sérum", le premier étant utilisé à des fins préventives, l'autre étant plus curatif pour guérir de suite.

Diversité des formats

Pour opposer les points de vue, l’info RTBF mise aussi sur la diversité des formats. "C’est plus facile dans les émissions type QR [l’émission présentée par Sacha Daout qui suit le JT les lundi et mardi et se développe plus longuement dans un débat en soirée le mercredi, NDLR] ou dans les tranches d’infos et de débat en radio. Ça s’y prête plus que dans du reportage télévisé", reconnait le directeur adjoint de l’information.

Et de conclure : "Il y a énormément d’explications dans le JT avec les séquences 'clefs de l’info', des analyses qui permettent de comprendre et surtout de donner les clefs aux gens pour comprendre et se faire leur propre opinion par rapport à cette situation."


►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres… Sur la page INSIDE de la rédaction, les journalistes de l’info quotidienne prennent la plume – et un peu de recul – pour dévoiler les coulisses du métier, répondre à vos questions et réfléchir, avec vous, à leurs pratiques. Plus d’information : là. Et pour vos questions sur notre traitement de l’info : c’est ici.


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