Ecologie et féminisme: retour de la convergence des luttes

Ecologie et féminisme: retour de la convergence des luttes
Ecologie et féminisme: retour de la convergence des luttes - © Tous droits réservés

A l’heure où les droits des femmes et les questions d’environnement occupent le devant de la scène médiatique, ce n’est pas un hasard si la jeune Greta Thunberg a été sacrée femme de l’année en Suède. " Plus je lis sur la crise climatique, plus je réalise à quel point le féminisme est crucial. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde durable, à moins que tous les genres et les personnes soient traitées de façon égale." Ce sont les mots de la nouvelle icône suédoise de l’écologie, la jeune Greta Thunberg, tweetés vendredi dernier. Elle met l’égalité au cœur de son discours tout comme Anuna De Wever, jeune belge de 17 ans, qui s’affranchit des normes du genre et des préjugés auxquels elle a pu être confrontée. Elle aussi mêle la lutte pour l'environnement et le combat pour l'égalité entre les genres. Dans le style De Wever, ça donne : " Fuck you, vous et vos stéréotypes de genre ".

Présence historique des femmes dans l’écologie

Dans les années 1980, aux États-Unis, la contestation anti-nucléaire bat son plein. Le 17 novembre, à Arlington (Virginie, États-Unis), plus de 2 000 femmes se rassemblent pour la Women's Pentagon Action. Elles chantent, hurlent, pleurent et jettent même des sorts au Pentagone pour protester contre les guerres qui agitent le pays, la nucléarisation et la destruction de la planète. L'année suivante, le même rassemblement réunit le double de participantes. L'écoféminisme est né. D’autres actions d’envergure auront lieu jusqu’en 2000, lorsque la base de la Royal Air Force de Greenham Common a été occupée par 30 000 militantes pour lutter contre l'installation de missiles nucléaires. Mais le mouvement s’essouffle. Il semble aujourd’hui retrouver de la vigueur. En Belgique, en France, en Suède, les mobilisations pour le climat sont menées par des jeunes femmes qui affichent leur indépendance et se libèrent des carcans.

Convergence des luttes

C’est la lutte anticapitaliste qui apparaît comme le lien le plus évident. Les jeunes dénoncent un "capitalisme patriarcal" ou le "patriarcat capitaliste". L'avènement du capitalisme constitue une aggravation de la condition sociale des femmes et de l'exploitation de la nature. Beaucoup d'écoféministes considèrent qu'il s'agit des "fonctions cachées" du système capitaliste, comme la célèbre militante et essayiste Vandana Shiva. Elle a reçu le prix Nobel alternatif en 1993, " pour avoir placé les femmes et l'écologie au cœur du discours sur le développement moderne".

Réticences françaises à l'éco-féminisme

L'éco-féminisme a souvent été accusé d'essentialisme, d'attribuer des caractéristiques innées aux femmes. Le concept a été accueilli avec beaucoup de méfiance en France. Et surtout en raison du fait que les femmes ont été opprimées en raison d’une prétendue "nature " qui les rendrait plus aptes aux enfants et moins pour les sphères décisionnelles. En France, cette pensée est considérée comme très conservatrice, mais dans le monde anglosaxon, qui a été le nid de l'écoféminisme, pose moins de problème. C’est d’ailleurs lors d’un voyage aux Etats-Unis qu’Anuna de Wever a pris conscience que les femmes à cause de leur vulnérabilité sociale, étaient davantage victimes des catastrophes liées au changement climatique. Aujourd’hui, le concept revient en force à la faveur des réseaux sociaux.  Et si l'écologie et le féminisme se rencontrent, c'est parce qu'il n'y aura pas de monde durable si on ne s'attaque pas aussi à toutes les formes d'inégalités.

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK