Duel: pas de « love story » entre Ecolo et le CDH

Comme cela avait été le cas lors du débat des présidents mercredi, le face-à-face entre Ecolo et le CDH a été tendu. Maxime Prévot a continué à attaquer « les incohérences d'Ecolo », et a accusé les Verts d'être de mèche avec le PS. Alain Maron, lui, a comparé son opposant au porte-parole du MR.

Comme souvent, le cadeau que chaque candidat avait apporté à l'autre a annoncé la couleur. Maxime Prévot rebondit sur le duel de mardi dernier, entre Zakia Khattabi et Elio Di Rupo: « Je vous ai apporté une enveloppe, avec les épisodes de Loft Story. Ça se passait comme ici, dans un cube. Et je vous ai fait un clin d'oeil en rebaptisant cela 'Love Story', comme ce à quoi on a pu assister lors du débat entre votre présidente et Elio Di Rupo ». Le ton est donné, Maxime Prévot continue sur son slogan lancé sur La Première mardi dernier: voter Ecolo, ça revient pour lui à voter PS. « Je comprends mieux maintenant pourquoi le grand patron de la FGTB a expliqué que 95% des objectifs de son syndicat se retrouvent dans l'axe PS-PTB-Ecolo », ironise le président du CDH. 

"Vous agissez comme le MR"

Le cadeau d'Alain Maron, un livre d'Aurélien Barreau sur l'urgence climatique, insiste quant à lui sur la nécessité que tous les partis, et toute la société civile, s'engagent ensemble pour lutter contre le réchauffement climatique. Avec ce livre, il pose une question à son opposant Maxime Prévot: « Pourquoi autant attaquer Ecolo alors que vous avez vous-mêmes impulsé des notions écologiques dans votre programme? ». Le président du CDH s'explique: il n'a rien contre Ecolo, mais il a un problème avec « les incohérences d'Ecolo. Il y a des discours de vos représentants qui varient en fonction de l'auditoire qui se trouve devant eux », accuse Maxime Prévot. Il en profite pour attaquer le co-président d'Ecolo: « Jean-Marc Nollet dit qu'il nous reste dix ans. Il a été Ministre pendant dix ans, je ne vois pas qu'il fasse moins chaud aujourd'hui ».

Le candidat Ecolo se laisse lui aussi aller au jeu des comparaisons. En voyant le bashing anti-Ecolo réalisé par Maxime Prévot ces derniers jours, celui lui fait penser à un autre parti: « Je vous ai entendu sur La Première hier ou avant-hier, j'ai eu l'impression d'entendre Charles Michel ou le porte-parole du MR ». Selon Alain Maron, le CDH passe plus de temps à essayer de démontrer les incohérences d'Ecolo que d'expliquer son propre programme, tout comme les libéraux.

 

Mobilité: un péage inversé ou un "système intelligent"?

C'est l'un des thèmes récurrents de cette campagne: la mobilité. Les deux partis présents dans le cube ce jeudi soir s'accordent sur un point: il faut réinvestir dans les transports en commun. Pour ce qui est de la voiture, ils ont deux visions différentes. 

D'un côté, Alain Maron et Ecolo veulent un système « intelligent » de taxation au kilomètre, qui taxe plus ou moins en fonction de la situation. Par exemple, quelqu'un qui utilise sa voiture dans les zones rurales, où il existe peu d'alternatives, serait moins taxé qu'un citoyen qui prendrait le volant dans le centre de Bruxelles, zone déjà fortement embouteillée, polluée, et où il existe plusieurs alternatives à la voiture. Alain Maron tient par ailleurs à insister sur l'impact au niveau du portefeuille des citoyens: « Le but de ce système, ce n'est pas de payer plus, mais de mieux organiser la fiscalité automobile».

Le CDH ne veut pas d'une taxation au kilomètre et a une idée plus originale: un péage inversé. « Nous sommes dans une dynamique plus positive, qui n'est pas stigmatisante ou culpabilisatrice. L'idée serait de permettre un crédit d'impôt et donc de valoriser financièrement ceux qui utilisent les créneaux qui ne sont pas les plus délicats, qui sont hors des heures de pointe », explique Maxime Prévot. Une idée à laquelle n'adhère pas du tout Alain Maron. Pour lui, payer des gens qui rentrent en voiture dans la ville au lieu d'utiliser les transports en commun, c'est hors de question. « Nous choisissons la carotte plutôt que le bâton », rétorque le président du CDH. Maxime Prévot relance par ailleurs l'idée d'une vignette, que paieraient les étrangers qui passent par les routes belges.

Fiscalité: agir sur les bas salaires, mais pas de la même façon

Là aussi, les partis montrent pas mal de divergences. Ils veulent tous deux agir sur les bas salaires, mais n'imaginent pas le même chemin pour y arriver. Maxime Prévot insiste sur l'injustice de notre système fiscal: « Ce n'est pas normal qu'aujourd'hui les grandes multinationales ne paient pas un euro sur notre territoire alors que le travailleur de manière générale en a marre d'avoir le sentiment d'être la vache à lait de tout le monde ». Selon lui, il faut remettre les choses à plat et instaurer une taxation sur les revenus du capital. Le CDH s'affiche en revanche contre la globalisation des revenus.

De son côté, Ecolo veut accorder un crédit d'impôt aux citoyens qui gagnent moins de 1500 euros par mois. « Il faut rééquilibrer la fiscalité pour qu'elle soit plus juste et qu'elle rende le pouvoir d'achat à ceux qui en ont besoin, estime Alain Maron. Aujourd'hui, les 10% des Belges les plus riches, qui détiennent autant que les 90 autres pourcents, paient beaucoup moins d'impôts que les classes moyennes et même que les allocataires sociaux. Il faut les mettre plus à contribution ».

Révolutionner la gouvernance pour rendre la confiance aux citoyens

Alain Maron, qui avait révélé les problèmes au sein du Samusocial, est un des grands défenseurs de la bonne gouvernance au sein d'Ecolo. Lorsque le thème est abordé sur le plateau, il demande une révolution de la gouvernance, pour restaurer la confiance des citoyens envers les politiques. Il salue les textes qui ont été approuvés après les scandales de Publifin et du Samusocial, mais il regrette que « les recommandations de la commission d'enquête ne soient pas suffisamment suivis ». Le candidat Ecolo pointe du doigt les nominations politiques dans les OIP, les organismes d'intérêt public (Forem, Wallonie Belgique Tourisme, AWEX...). « Vous parachutez les cabinettards haut gradés du CDH dans les OIP. Ce sont les pratiques du PS, sans le PS », dénonce Alain Maron.

Maxime Prévot ne répond pas à cette attaque, et insiste, comme l'avait fait Alda Greoli face à Pierre-Yves Dermagne, sur les réformes lancées par le CDH. « Nous avons supprimé 400 postes d'administrateurs, nous avons réformé les structures publiques comme celles des TEC... », énumère le président du CDH. Pour prouver la volonté de son parti d'aller plus loin dans la bonne gouvernance, il rappelle enfin que « le CDH a décidé de ne plus siéger dans ces organes ».

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