Duel Chastel-Lutgen: au cœur du face à face, la réforme des pensions

Pour le troisième épisode de notre série « Duel » ce lundi soir, deux candidats aux élections européennes s'affrontaient. Olivier Chastel, tête de liste MR, face à Benoit Lutgen, tête de liste CDH. Les deux hommes ont évoqué leur vision de l'Europe et, en tant qu'anciens présidents de parti, sont aussi revenus sur la dernière législature, et notamment la décision du MR de former un gouvernement avec la N-VA.

Et si le CDH et le MR formaient un gouvernement fédéral ensemble, comme ils l'ont fait en Wallonie entre 2017 et 2019? Les deux partis ne l'excluent pas, car ils sont satisfaits de leur collaboration au sud du pays. « Le CDH a montré que nous pouvions faire des choses intelligentes ensemble, nous l'avons fait pendant 20 mois ensemble », souligne Olivier Chastel. Et au fédéral ? Le CDH ne veut toujours pas de la N-VA, c'est clair. Mais Benoit Lutgen est prêt à continuer la réforme des pensions avec le MR. Car contrairement à d'autres partis francophones, il est d'accord sur un point essentiel: « Il faut allonger le temps de carrière. Je ne suis pas irrationnel comme le Parti Socialiste qui veut 'raser gratis demain', parce qu'en faisant ça on ne pourrait pas garantir les pensions dans le futur », précise Benoit Lutgen.

Mais il reste bien des points de tension dans ce dossier où, jusqu'ici, tout a été fait de travers, selon le candidat CDH. « Il faut remettre tout à plat, et commencer par rassurer tous ceux qui ont un métier pénible. La N-VA et le MR, avec leur manière de procéder, ont engendré de l'angoisse sans régler le problème des métiers pénibles », accuse Benoit Lutgen. Côté MR, Olivier Chastel tient à insister sur les chiffres, pour minimiser cette « angoisse » dont parle son opposant: « Seul 10% des travailleurs travaillent aujourd'hui jusque 65 ans, et le pourcentage restera le même lorsque la pension sera élevée à 67 ans ».

Deux cadeaux locaux, pour des visions différentes de l'Europe

Pour commencer l'émission, comme le veut désormais l'exercice, chacun a apporté son cadeau pour l'autre candidat. Olivier Chastel a amené une bière trappiste de Chimay. Pourquoi ? Parce que selon le candidat libéral, cette bière trappiste bénéficie grandement de l'accord commercial signé avec le Canada, le CETA. « C'est la bière trappiste la plus exportée au Canada, se réjouit Olivier Chastel. Et elle est encore plus exportée aujourd'hui qu'avant le CETA. » Pour Olivier Chastel, c'est un accord d'un nouveau genre, un accord équilibré qui permet d'imposer les standards européens. 

Derrière ce cadeau, une question: que pense le CDH, avec le recul, de cet accord qu'il a rejeté dans un premier temps? « D'abord, je vous remercie de reconnaître le savoir-faire des moines, c'est une bonne chose venant d'un libéral », ironise Benoit Lutgen. Le président du CDH n'en démord pas: il est heureux que le parlement wallon et d'autres parlements européens se soient « réveillés » avant d'accepter l'accord. « C'est grâce notamment à André Antoine et Marie-Dominique Simonet, qui sont allés voir ce qu'il y avait exactement dans ces échanges », s'enorgueillit Benoit Lutgen. En ce qui concerne son avis général sur le CETA, Benoit Lutgen émet toujours quelques réserves: certes, c'est une bonne chose de pouvoir exporter la Chimay et, dans l'autre sens, d'importer du sirop d'érable plus facilement. « Mais importer de la viande bovine canadienne, ça n'a aucun sens », estime-t-il.

Benoit Lutgen, lui, n'a pas apporté un cadeau, mais deux. Deux pots de miel. L'un est un miel belge, issu d'une production locale. L'autre est un pot de miel chinois. « Ça ressemble à du miel, mais c'est pas du miel. C'est surtout beaucoup de sucre, ça provient de Chine et ça coûte 3 euros le kilos », s'indigne Benoit Lutgen. Et l'ex-président du CDH veut se montrer intraitable à ce sujet: « Il est inacceptable à mes yeux que des produits comme ceux-là puissent entrer sur le marché sans être taxés fortement voire interdits ».

Pour Benoit Lutgen, la priorité pour l'Europe, c'est de se faire respecter, d'essayer d'être plus forte qu'elle ne l'est aujourd'hui face aux autres ténors que sont la Russie, les USA ou la Chine. Protéger ses producteurs et ses entreprises, ça doit être le mot d'ordre pour l'Union après le 26 mai.

Face à l'interpellation de Benoit Lutgen, Olivier Chastel a la même réponse que pour la bière de Chimay: les accords commerciaux. Pour lui, conclure un accord commercial avec la Chine par exemple, permettrait d'imposer les standards de production européens aux autres pays, de les exporter même. 

La N-VA n'est pas une fatalité

Avant de former ensemble une majorité en Wallonie après le « putsch » de Benoit Lutgen contre les socialistes, le MR et le CDH restaient sur un différend important lors de la formation du gouvernement fédéral en 2014. Benoit Lutgen reprochait fortement l'alliance avec la N-VA. Cinq ans après, Olivier Chastel ne regrette rien: « Une famille politique, elle veut accomplir une bonne partie de son programme, avance l'ancien président du MR. L'alliance avec la N-VA, nous l'avons faite sur base d'un programme commun, qui écartait le communautaire. Car je ne suis pas sûr qu'avec d'autres familles politiques francophones, nous aurions pu créer les 230 000 emplois et augmenter le pouvoir d'achat comme nous l'avons fait ».

Même s'il n'est toujours pas d'accord avec ce choix du MR, Benoit Lutgen salue le « sursaut sur des choses aussi importantes que la liberté ou les valeurs fondamentales » côté libéral. Il y a quelques mois, le MR a refusé de suivre la N-VA sur le pacte de Marrakech, ce qui a mis fin au gouvernement. Mais il insiste: il veut éviter les extrêmes des nationalismes. Et quoiqu'il arrive au niveau des résultats ce dimanche, « la N-VA n'est pas une fatalité. Tout comme il ne doit pas y avoir de fatalité à la réalité du socialisme en Wallonie ».

 

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