Du bon usage de la démission

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

C’est une règle en politique : un(e) ministre ne démissionne que quand il n’a plus le soutien des siens, pas parce que l’opposition ou l’opinion le demandent.

Ainsi, Hervé Jamar a été exfiltré alors que Jacqueline Galant restera en place, forte du soutien renouvelé des siens, Premier Ministre et mentor en tête.

Le vent du boulet

Jacqueline Galant, débauchée du PSC par le père, propulsée ministre par le fils est devenue au fil du temps une pièce particulière du dispositif libéral francophone, la voix censée " parler vrai " à destination d’un électorat plus populaire, loin du Brabant Wallon, du sud de Bruxelles ou de la belle banlieue chic liégeoise ou carolo, biotopes originels du MR.

La semaine de congé de Toussaint aura été mise à profit pour enfin trouver des arguments qui portent après la première audition calamiteuse de la ministre qui se sera mise toute seule dans la mouise politique par ses erreurs, ses manquements voire ses mensonges.

Charles Michel avait déjà utilisé la carte " démission " pour écarter Hervé Jamar, elle ne pouvait plus servir sous peine de se déjuger et d’ébranler toute la majorité.

Les alliés flamands du MR n’ont pipé mot, laissant carte blanche à Charles Michel pour trouver l’issue à l’ "affaire Galant".

Sauf élément neuf flagrant, Jacqueline Galant restera donc en place, le non-respect des procédures légales devenant une " imprudence administrative " et les mensonges/revirements/atermoiements sont pardonnables puisque de " bonne foi ", dû à un fouillis législatif propice à la confusion et à une administration erratique.

Le MR fait bloc, ses alliés compatissent, rien ne s’oppose plus à ce que le Premier Ministre vienne en personne ce vendredi à la Chambre exprimer son soutien public à sa ministre.

" Imprudence " et " bonne foi " seront répétés à l’envi.

Circulez…

Une " affaire Marghem " ?

Si les partis flamands n’ont regardé l’ " affaire Galant " que d’un œil distrait, ils se sont montrés plus réactifs aux actions de la ministre Marghem.

La ministre MR avait à peine marqué son accord, au nom du gouvernement fédéral, sur la répartition des efforts à faire pour lutter contre le réchauffement climatique, que la N-VA faisait capoter cet accord " défavorable à la Flandre "… suprême outrage qui valait bien le désaveu de la ministre MR.

Cette dernière, sous pression des partis flamands, a également été mise de côté dans la gestion du dossier de la prolongation des centrales de Doel 1&2 et de la rente nucléaire à négocier avec Electrabel. Là, discrètement, Charles Michel a dû descendre lui-même dans l’arène.

La ministre a enfermé le gouvernement dans un calendrier intenable : voter une loi qui entérine la prolongation et la convention avant le 30 novembre, l’Open-VLD y tient particulièrement. Cette loi n’a pas encore passé le cap du conseil des ministres. Reste à Charles Michel à trouver la pirouette pour faire aboutir le dossier de sa ministre.

Les deux ministres libérales ressortiront quelque peu éreintées, fragilisées de ces dossiers. Alors que le gouvernement fédéral avait retrouvé un rythme apaisé, elles se seront mises toutes seules dans l’embarras d’où a dû les sortir vaille que vaille un Premier Ministre qui ne pouvait se permettre de démissions.

De toute façon, un ministre ne démissionne que … quand son chef l’a décidé…

 

@PhWalkowiak

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