Double défaillance

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Même si à l’heure indue où il l’a prononcé et vu l’énorme retard pris, le discours sur le climat de Charles Michel est passé relativement inaperçu des autres pays, il aura réussi à attirer l’attention tant des ONG que des observateurs comme rarement pour un discours de Premier Ministre dans de pareilles circonstances !

La Belgique telle…

Tant le non-accord sur le climat que le feuilleton Doel 1& 2 sont révélateurs du fonctionnement de ce pays.

La Belgique a la particularité de devoir mettre d’accord quatre gouvernements différents pour arriver à répartir les efforts en matière d’énergie renouvelable ou de réductions d’émissions de CO2. Et comme dans tous les dossiers du même acabit, le système institutionnel belge présuppose que l’on négocie pour trouver un accord ; mais rien n’est prévu en cas de désaccord. Comme il a fallu 541 jours pour former un gouvernement, cela fait huit ans que l’on négocie en Belgique sur le climat. Nos gouvernants demeurent confrontés au même défaut de conception de la Belgique : tout marche au consensus, mais rien n’est prévu en cas d’échec du consensus. C’est le mal belge, tel que les médias belges l’ont épinglé dans notre lutte contre le terrorisme, entre manque de moyens (le fédéralisme à tout crin, ça coûte très cher), structures floues et concurrences des niveaux.

…qu’elle est

En matière d’électricité, le pays se retrouve là aussi pieds et poings liés. Historiquement, la Belgique, à la différence de la plupart des pays européens, a décidé de confier son électricité au privé. Elle a même créé un monopole privé, devenu Electrabel, héritière de Intercom, Ebes et Unerg, financées par la Générale ou GBL. Les gouvernements successifs ont laissé faire, transformant la Belgique en pays le plus nucléarisé du monde… avec la France.

Electrabel (et sa maison-mère ENGIE, ex-GDF-Suez) demeurent donc en position de force pour que la Belgique reste un marché captif. L’entreprise va certes investir pour faire vivre les vieilles centrales de Doel, mais ces 700 millions risquent de se répercuter sur la facture du consommateur tandis que les caisses de l’Etat ne recevront plus que 150 millions annuellement pour les 550 actuels.

Sur le dossier climat, la N-VA a fait capoter l’accord existant, un vice-premier fédéral ( !) estimant celui-ci injuste pour la seule Flandre.

Sur le dossier nucléaire, Electrabel se retrouve bien servie avec un gouvernement fédéral qui était dos au mur.

Dans les deux dossiers, Charles Michel a dû suppléer une Marie-Christine Marghem défaillante, à moins que finalement ce ne soit la Belgique elle-même qui le soit.

@PhWalkowiak

 

 

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