En Egypte, on divorce en trois secondes

Divorcer en trois secondes
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En Egypte, le torchon brûle entre l’Université d’Al-Azhar, une haute autorité religieuse et le président Al-Sissi. L'université refuse de remettre en cause la tradition du divorce verbal que le président voudrait voir évoluer.

Il suffit de dire "tu es divorcée" 

Le divorce verbal est largement répandu en Egypte. Il est pratiqué chez les musulmans depuis toujours. Quand on divorce verbalement, on ne doit pas signer de papiers, il ne faut pas de témoins. Il suffit que l’homme dise trois fois de suite "tu es divorcée" pour qu’une femme se retrouve répudiée par son mari. Autant le dire tout de suite, c’est valable quand l’homme le dit, mais pas dans l’autre sens. Si une femme veut divorcer, elle doit passer devant un tribunal; et la procédure est lourde. 

Une hausse spectaculaire des divorces 

Officiellement, le président égyptien aurait été choqué par les derniers chiffres publiés en matière de divorce. Ils ont explosé ces dernières années. 40% des 900 000 mariages enregistrés chaque année en Egypte aboutiraient rapidement à un divorce. Il ne s’agit pas des divorces prononcés oralement, au contraire. Ces chiffres reprennent les divorces enregistrés officiellement, mais la pratique de la répudiation orale existe bel et bien, et elle est largement pratiquée. Autrement dit, les divorces verbaux s'ajoutent aux officiels. Ceux qui veulent que cette pratique évolue soulignent les dangers qu’elle représente. En quelques minutes , la femme répudiée se retrouve seule, sans moyens de subsistance, avec des enfants parfois traumatisés. Les partisans des réformes voudraient que même en cas de divorce oral, il faille ensuite signer un document, devant témoins. De quoi faire réfléchir peut-être un mari trop impulsif!

Un divorce plus moderne

Seulement voilà: en Egypte, le président ne modifie pas les pratiques islamiques comme il le veut. C'est la raison pour laquelle il a recherché le soutien de l’université d’Al-Azhar. La proposition fait polémique et secoue le monde religieux. Abdel Fattah Al Sissi qui a lancé une vaste répression contre les Frères musulmans, avant même d'être président, a préféré prendre les devants de la contestation en interrogeant les responsables de l’université. Mais le conseil des sages d'Al-Azhar ne lui a pas donné raison. Il estime qu’il faut garder la pratique en cours. Le bras de fer risque toutefois de se poursuivre. Al Sissi, qui est régulièrement pointé du doigt pour les nombreuses violations des droits de l’homme commises dans son pays,  essaye de donner une image de modernité face aux traditionalistes religieux. Le divorce lui donne une occasion de plus. Malgré l’avis négatif de l’université, il pourrait quand même être tenté de faire passer la loi sur la réforme du divorce verbal, une loi en préparation depuis plusieurs mois.

 

 

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