Didier Reynders ou l'art consommé de l'embardée

Un peu comme un pilote de course automobile qui juste avant le dernier virage semble avoir course gagnée, et qu’un incident ou une erreur d’attention fait brusquement sortir de la route, Didier Reynders a connu une nouvelle embardée. Comme pour les précédentes, pas entièrement de son fait mais un peu quand même…

Itinéraire d’un surdoué

Didier Reynders dispose de toutes les qualités requises pour tous les postes qu’il a brigués au fil de sa longue carrière, d’ailleurs souvent bien plus que ceux qui ont fini par décrocher le job. Cela étant, son C-V a de quoi faire pâlir certains, mais il y manquera toujours quelque chose.

Repéré par Jean Gol, à peine sorti de l’université, il est déjà propulsé directeur dans la toute nouvelle fonction publique wallonne et président du CA de la SNCB, à 28 ans. Déjà, à l’époque tant au sein du PRL que dans les autres formations, cela grince des dents. L’homme ne passe pas inaperçu.

Fils spirituel de Jean Gol, les regards se tournent vers lui quand son mentor décède brusquement en septembre 1995, pour reprendre la présidence du parti. Mais Louis Michel, qui a longtemps été le souffre-douleur de Jean Gol, lui souffle la présidence et ramène les libéraux au pouvoir en 1999 en signant un préaccord avec les socialistes. Didier Reynders devient ministre, sans discontinuer depuis.

Les ambitions remisées

Ministre des Finances pendant 12 ans, vice-premier, affaires étrangères, cela ne suffit pas. En 2004, il se met en tête qu’il peut conquérir le mayorat de Liège. Un échec. Devenu président du MR, il assure à son parti sa plus belle victoire en 2007 : premier parti de Wallonie. Historique. Mais on le sait, dans le système belge, une victoire dans les urnes ne devient une victoire politique que lorsqu’on réussit les négociations qui s’ensuivent. Et c’est sans doute une des faiblesses de Didier Reynders : brillant, intelligent, l’homme peut être cassant, cinglant tant avec certains des collègues de parti qu’avec ses adversaires qui à un certain moment doivent devenir des partenaires. Si Didier Reynders a un profond sens politique, il est beaucoup moins adroit dans la manœuvre, la tactique politicienne. Il aurait fait merveille dans un système majoritaire à la française ; en Belgique francophone, il s’est créé assez d’inimitiés, pour voir échouer l’Orange Bleue (2007), être débarqué de la présidence de son parti par les siens (2011) ou victime collatérale des négociations en 2014, quand il voit s’échapper le poste de commissaire européen. Sans oublier les candidatures avortées au mayorat d’Uccle ou la présidence du gouvernement bruxellois.

Il aurait pu être de liste aux Européennes en mai dernier, s’est opposé à Charles Michel sur le sujet, tenant à rester en politique belge en cas d’échec (improbable) au poste de secrétaire-général du Conseil de l’Europe.

Il est donc servi. La Belgique perd peut-être un poste prestigieux (quoique, qui connaissait le secrétaire-général sortant ?) mais conserve dans son paysage un animal politique qui a régulièrement démontré qu’il avait de la ressource. Après chaque embardée, il est toujours reparti (presque) comme de rien n’était…

@PhWalkowiak

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