Didier Reynders, itinéraire d'une ambition

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Que restera-t-il des années Reynders ?

Sa causticité ? Sa longévité ministérielle ? L’incarnation du libéralisme belge francophone pendant plus de 20 ans ? Sa reconnaissance internationale ? Arrogant parce que brillant ? Ne supportant pas la médiocrité ? Les candidatures ratées avant de réussir la dernière ? La rivalité avec les Michel, père et fils? Les bons mots cinglants?

A 61 ans, l’homme quitte la politique belge après y avoir consacré sans relâche plus de 35 ans de sa vie.

Jean Gol

Au début de Didier Reynders, il y a Liège, François Perin et Jean Gol. Toute sa carrière, il aura répété sa fidélité à ces prémices. Au décès de son " père " en politique (1995), Jean Gol, on le voit reprendre la tête de ce qui est alors depuis peu le PRL-FDF. Louis Michel lui brûle la politesse. Didier Reynders restera affecté par cette disparition subite. Les tensions entre les deux clans ne s’apaiseront jamais tout à fait. Comme Gol, Reynders aime s’entourer de fidèles quitte à créer des rivalités au sein de sa propre formation politique.

Il mènera ainsi sa carrière à sa guise. Chef de groupe à la Chambre, il est un des rares à demander la démission d’Elio Di Rupo lors de l’affaire Trusgnach (1996). Profondément marqué par cette affaire montée de toute pièce, le futur président du PS en gardera une blessure et une certaine méfiance à l’égard du Liégeois.

Finalement, comme son mentor, Didier Reynders deviendra vice-premier ministre, président de parti.

Sûr d’avoir raison

Ministre des Finances pendant 12 ans, Didier Reynders impose son style, jusque dans les cénacles européens. Les médias européens lui accordent alors un crédit inversement proportionnel à celui de la presse flamande et du CD&V. Avec le départ de Louis Michel pour … la Commission Européenne, il reprend la direction effective du Mouvement Réformateur. S’en suivent un échec électoral : il brigue le mayorat de Liège (2006, au slogan de " votre bourgmestre ", qu’il manque largement) et finira par s’installer à Uccle mais aussi la plus belle réussite électorale des libéraux francophones : premier parti en Wallonie. Historique. Mais cette victoire électorale se mue en échec politique de l’Orange Bleue. A force de dénigrer ces adversaires (ni socialistes, ni Joëlle Milquet), Didier Reynders isole sa formation. Un revers électoral (2011) suit et offre l’occasion à Charles Michel et de nombreux barons d’organiser un putsch. Du jamais vu, mais le président Reynders est renversé. L’homme encaisse le coup. Les Affaires Étrangères lui donnent l’occasion de passer à autre chose, donnant même l’impression que désormais il serait lui-même étranger aux affaires de son parti et même du gouvernement dans lequel il siège. Il s’est vu commissaire européen en 2014 déjà, secrétaire général du Conseil de l’Europe en 2019. A chaque fois, il s’en est fallu d’un cheveu.

Didier Reynders part cinq ans. Le petit monde politique belge perd un de ses repères.

 

@PhWalkowiak

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