Di Rupo ou le champ de tous les possibles

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Maître-tacticien, Elio Di Rupo garde cette capacité de maîtriser souvent mieux que ses adversaires (y compris parfois en interne) le calendrier politique et les échéances électorales comme quand il anticipe des élections à la présidence du parti se sachant contesté pour couper l’herbe sous les pieds des factieux ou quand il place l’un ou l’autre en fonction de l’échéance suivante. Parfois aussi cela rate, comme le parachutage manqué de Marie Arena à Binche ou quand il parie sur l’échec rapide de Charles Michel, espérant reprendre le " 16 ".

Garder la main

Seule décision effective à ce jour : Elio Di Rupo ne sera pas tête de liste et occupera la 45ème et dernière place de la liste PS lors des élections communales du 14 octobre prochain. Le député-échevin-président de la fédération, Nicolas Martin occupera la première place. Et … c’est tout.

A ce stade, le reste n’est que conjectures. En Wallonie, est bourgmestre celui qui réalise le meilleur score de la principale liste de la majorité.

En 2012, Elio Di Rupo réalisait 14.378 voix de préférence sur Mons pour 6024 à Nicolas Martin. La différence est sensible même si lors des élections de 2014, sur le canton de Mons (qui correspond à la ville), le mayeur empêché-premier ministre engrangeait 16186 voix sur son nom à la Chambre pour 10060 à Nicolas Martin, bourgmestre ff à la Région.

Le soir du 14 octobre prochain, l’écart entre les deux hommes sera-t-il plus réduit encore ? L’élève dépassera-t-il le maître ? Ou les Montois plébisciteront-ils une dernière fois leur populaire mayeur ?

Dans tous les cas, Elio Di Rupo en sortira indemne. Si le PS perd sa majorité absolue (avec 29 sièges sur 45 actuellement, il y a de la marge), cela pourra apparaître comme la défaite du nouveau, s’il la conserve, ce sera la victoire d’un duo et si Elio Di Rupo surpasse largement son cadet, il lui sera toujours loisible " d’entendre l’appel des Montois ", la main sur le cœur…

Préserver l’avenir

Le président du PS a toutefois tenu à préciser qu’après le scrutin communal, il allait se consacrer à 200% à la campagne des législatives, régionales et européennes. Difficilement concevable avec la gestion d’une grande ville, même si rien ne l’interdit.

Le scrutin du 26 mai 2019 sera crucial pour le PS. A un moment où tous les partis de gauche se liquéfient en Europe, il représente pour les socialistes belges francophones la dernière (?) chance d’échapper au mal qui frappe tous ses coreligionnaires et de remonter au pouvoir. C’est une question de survie. Elio Di Rupo le sait et dans ce cadre, tête de liste à l’Europe ou à la Chambre, peu importe. Tout reste ouvert et l’homme n’a sans doute pas non plus abandonné l’espoir secret d’un retour inespéré au 16 rue de la Loi. Mais en 14 mois, il peut aussi tout perdre : l’écharpe de bourgmestre, le fauteuil de président et devoir se consoler avec un maigre strapontin à Strasbourg…

 

@PhWalkowiak

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