Deux mois après le scrutin: où en est-on? (Face A)

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le Belge a donc déposé plusieurs bulletins dans l’urne le 26 mai. Deux mois plus tard, il ne voit pas toujours bien clair sur la manière dont les partis utilisent ces bulletins. La Belgique reste une particratie : le citoyen propose, les partis disposent. Ce " second tour " électoral demeure opaque mais chacun évite à ce stade de parler de " crise ", peut-être parce que chacun sait que celle-ci est inéluctable. Toutefois, avant l’abîme qui menace, le scrutin et ses suites fournissent des premiers éléments.

Chacun chez soi

Plus que jamais, la Communauté Germanophone demeure une île, très éloignée des contingences politiques régionales (elle fait partie de la Wallonie) ou fédérales. La même majorité (en place depuis 2004) a été reconduite en 48h, emmenée par un ministre-président dont le parti n’existe qu’en Ostbelgien. Autre phénomène révélateur : les enjeux fédéraux sont secondaires. Cela se concrétise, par exemple, par 21,2% de bulletins blancs ou nuls dans le canton de Saint-Vith pour les élections à la Chambre pour seulement 7,65% des bulletins de vote au parlement germanophone !

Le phénomène n’est pas nouveau mais tend à s’amplifier, au point que Bruxelles semble s’en inspirer.

Pour la première fois aussi clairement, les politiques bruxellois ont tracé leur route sans se préoccuper des autres entités. La Région de Bruxelles a fait un gouvernement toute seule ! Les deux premiers partis ont pris les choses en main. Le MR a bien essayé in extremis de freiner l’accord depuis la Wallonie, l’Open VLD, par crainte de la N-VA, de le canarder depuis la Flandre. Rien n’y a fait. Le MR bruxellois a été mis sous l’éteignoir, l’Open VLD reste dans la majorité.

Palabres

La politique belge reste une politique de négociations et rarement, chacun aura insisté sur cet aspect, au point que même l’extrême-droite raciste a été invitée au Palais. Leitmotiv de l’heure : il faut parler avec tout le monde, n’écarter personne a priori, ne pas froisser cet électeur dont on ne comprend pas toujours le vote … au point que la N-VA songe à discuter (mais de quoi ?) avec ce PS tant raillé.

Deux mois après le scrutin, aucun pont n’est coupé, sauf peut-être celui entre le PTB et les autres formations. Les communistes sont partis en vacances en proclamant qu’aucune formation n’est digne de s’allier avec eux.

Comme de tradition dans Ce Pays, toutes ces tractations se déroulent en catimini. Le citoyen a voté mais reste considéré ensuite comme quantité négligeable.

Car si deux gouvernements sont d’ores et déjà sur les rails, l’opacité qui entoure la formation des quatre autres, ne rassure pas. De quoi creuser encore le fossé entre le citoyen et une classe politique qui risque de pleurnicher à nouveau lors d’un prochain scrutin.

(à suivre...)

@PhWalkowiak

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