Des Européens de seconde classe pour la Suisse

Qu'on se le dise, la Commission aime de la même manière tous ses enfants, tous ses petits poussins qu'ils soient de l'Est, ou de l'Ouest, qu'ils soient puissants ou pas, tous elle défendra tous les Etats membres contre des attaques venues de l'extérieur.

Et ces jours, la Commission est ravie, elle va pouvoir prouver son amour inconditionnel tout en se fâchant sur la Suisse qui, il faut bien le dire, agace régulièrement les Européens. La Suisse vient en effet de refermer les frontières de son marché du travail à 8 états membres issus de l'élargissement de 2004. En clair, au lieu d'accorder 6000 permis de travail longue durée aux citoyens baltes, polonais, hongrois, slovènes, tchèques et slovaques, elle n'en accordera plus que 2000. Berne estime qu'il y a trop de pression sur le marché du travail et qu'il faut recadrer ces arrivées.

La suisse et l'Union ont bien signé des accords pour permettre aux Européens d'aller travailler en Suisse et inversement. "Oui dit la Suisse mais les accords prévoient que je peux refermer mes frontières en cas de déséqulibre, je l'avais promis à ma population qui était peu emballée par cette libre circulation".

"C'est vrai dit l'Union mais les frontières se ferment ou s'ouvrent pour tous les citoyens européens, pas question de faire le tri entre les bons Européens et ceux dont on ne voudrait pas". Au passage, on peut tout de même souligner que la majorité des états membres ont fait eux mêmes ce tri avec les nouveaux Européens à leur arrivée dans l'Union, mais cette discrimination peu glorieuse était temporaire et a été levée.

Et la Suisse bien sûr ne veut absolument pas se priver de la main d'oeuvre française ou allemande par exemple, elle veut juste éviter les ressortissants des nouveaux états membres.
Et donc la Commission entend bien faire respecter l'égalité entre les citoyens européens. Sauf que ... les accords entre la Suisse et l'Union ne prévoient rien en cas de dispute, rien que d'aimables réunions où chacun défend son point de vue, la rencontre d'hier n'a d'ailleurs pas donné grand chose. Les Européens veulent une institution qui règlera les litiges helvetico-européens mais Berne n'est pas pressé.


Alors certains en Suisse et à Bruxelles s'inquiètent, cet agacement aura des conséquences sur la suite des relations avec la Suisse. Les deux parties négocient des rapprochements dans le secteur de l'électricité, de la santé; la Suisse est demandeuse. Mais les deux parties négocient aussi des rapprochements en matière de fiscalité de l'épargne, c'est l'Union qui est demandeuse d'une meilleure coopération avec les Suisses pour réduire l'évasion fiscale. Les crispations feront des dégats à Berne et à Bruxelles. Et pendant ce temps là, les patrons suisses qui voudront engager des Polonais ou des Hongrois pourront le faire puisque certes durant un an les permis longue durée seront limités, une partie de la population suisse est ravie de cette décision très symbolique. Mais il n'y a aucune restrictions pour les permis d'un an renouvelable, ce qui permet à l'économie suisse de continuer à fonctionner normalement.

Anne Blanpain

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