Des changements dans la grammaire néerlandaise font débat en Flandre

Depuis quelques semaines, l’assouplissement de certaines règles de grammaire dans le but de mieux coller à l’usage actuel du néerlandais agite le nord du pays.  

Une nouvelle version de l’ANS, l’Algemene Nederlandse Spraakkunst, est actuellement en cours d’élaboration. L’ANS est l’ouvrage de référence de la grammaire néerlandaise. Il a été créé en 1984, et a été retravaillé en 1997. Près d’un quart de siècle plus tard, les experts sont en train de préparer une troisième version. Et plusieurs éléments heurtent déjà les âmes les plus sensibles au changement. 

Les adaptations en question sont en fait considérées comme une forme de tolérance aux nouvelles manières de parler. "Ik ben groter dan jij" (je suis plus grand que toi), peut maintenant officiellement se dire "Ik ben groter als jij". On a désormais aussi le droit d’utiliser des doubles négations, ou encore de dire "Ik heb hen iets gegeven" (je leur ai donné quelque chose) tout autant que "Ik heb hun iets gegeven". 

Toutes ces phrases sont aujourd’hui tellement utilisées dans la vie courante que les versions grammaticalement incorrectes ne sont désormais plus considérées comme des fautes. On notera que les règles formelles restent conseillées par l’ANS, mais que les autres formes grammaticales sont donc, elles aussi, officiellement mentionnées.

Des changements ne plaisent pas à tout le monde

En Flandre, ces "assouplissements" suscitent énormément de débats et de discussions, que ce soit dans les médias, ou dans la sphère privée. Ce qui est étonnant, c’est que ces "erreurs de grammaire tolérées" existaient en fait déjà dans les anciennes versions de l’ANS, mais qu’elles semblent aujourd’hui susciter plus d’émoi qu’avant. 

Face aux vives réactions, plusieurs experts ont rappelé que la grammaire néerlandaise ne dictait pas l’utilisation de la langue, mais qu’elle la décrivait. Si un nombre incalculable de personnes se met donc à dire "ik ben groter als jij" au lieu de "ik ben groter dan jij", la grammaire générale doit en informer les utilisateurs et préciser que les deux constructions existent.


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Grandes divisions sur la règle du "d-t"

Ce sujet a fait coulé beaucoup d’encre, notamment parce qu’une autre règle de la langue néerlandaise venait d’être à nouveau remise en cause, car beaucoup de gens ne savent pas correctement l’appliquer. 

Cette règle, c’est celle du d-t. En néerlandais, certains verbes conjugués terminent par "t", d’autres par "d", et d’autres encore par "dt ". 

Si on prend par exemple le verbe "maken" (faire), au présent on dira "ik maak", mais "hij maakt" avec t. Dans la même logique, pour le verbe worden (devenir), on écrira donc "ik word" avec d mais "hij wordt" avec dt, parce que même si au niveau sonore on entend la même chose, il faut rajouter le t à la 3e personne du singulier. Autre exemple: si je prends le verbe "gebeuren" (arriver), je vais écrire "het gebeurt" (ça arrive) avec un t, mais "het is gebeurd" c’est arrivé, avec un d. 

Tout ça semble très compliqué, mais c’est en fait extrêmement logique. Sauf que énormément de monde continue de faire des erreurs de d-t au quotidien. On en trouve même dans les travaux académiques ou encore les articles de presse.

Supprimer ce qui cause des erreurs ?

Pour faciliter la tâche de tout le monde, certains préféreraient donc supprimer cette règle. C’est notamment le cas du linguiste Dominiek Sandra, qui estime que comme il n’y aura jamais de vaccin contre les fautes de d-t, il vaut mieux changer les règles pour que celles-ci ne soient plus la cause d’erreurs. 

Cette position est aussi soutenue par celles et ceux qui estiment qu’une réforme serait également un gain social, puisqu’une orthographe plus simple est aussi une orthographe plus inclusive, que ce soit pour les personnes dont le néerlandais est la langue maternelle, ou pour celles qui la pratiquent en tant que langue étrangère. 

D’ailleurs, si ce genre de règles venait à changer, les francophones apprendraient peut-être plus vite ou plus volontiers la langue de Vondel. Mais pour qu’un tel changement soit amorcé, il faudrait que les ministres flamand et néerlandais de l’Enseignement donnent leur feu vert, et que les experts des deux côtés de la frontière réussissent à se mettre d’accord. 

L’affaire s’annonce donc tout aussi complexe et controversée que la demande des Belges francophones de supprimer l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir. Ce n’est donc pas demain la veille qu’on verra les d-t disparaître de nos cahiers de néerlandais. 

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